TEMMIN-BEN-EL-MOEZ-BEN-BADIS-BENEL-
MANS’OUR-BEN-IOUCEF-BALKINBEN-
ZIRI-BEN-MENÂD.
Ce prince naquit à Mans’oura en 422. Il eut le
Commandement de Mohdïa en 455, et commença à
régner après la mort de son père. L’esprit de révolte fi t
de nouveaux progrès sous son règne. Tunis même se
souleva. Temin y envoya une puissante armée qui la
tint assiégée pendant un an et deux mois. Ben-Korsan,
qui commandait dans la ville, fatigué de la rigueur du
siège, en passa par ce que voulut Temin, et l’armée se
retira. Souça se révolta ensuite. Temin la prit de vive
force, et cependant il en épargna les habitants. A Sfax,
H’ammou-ben-Felfel- el-Bergonoti leva aussi l’étendard
contre lui ; il marcha à sa rencontre avec des Berbères
et des Arabes des tribus de Zegba et de Riah’.
H’ammou, abandonné des siens, prit la fuite.
Les Beni-Riah’ chassèrent de l’Afrique les Beni-
Zegba, et vendirent K’aïrouân à El-Nâcer-ben-’Ala-en146
HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
Nas-ben-H’amad. Mais les Beni-Karra, arrivés du côté
de Barka, fi rent invasion sur le territoire de cette ville.
En 1167, Temin fi t la paix avec En-Nâc’er-ben-
’Ala-en-Nas, et lui donna sa fi lle en mariage avec des
richesses qu’on ne peut décrire. Il nomma en même
temps son fi ls au gouvernement de Tripoli, et la paix
parut consolidée de ce côté-là.
Mâlek-ben-’Ali-es-Sah’ri marcha ensuite contre
Temin, et vint camper sous Mohdïa avec des forces
considérables. Ce prince alla l’y attaquer, le mit en
fuite et le poussa jusqu’à K’aïrouân, où il le tint quelque
temps assiégé. Mais ce révolté réussit à s’évader.
Temin assiégea ensuite en même temps K’âbes et
Sfax. Pendant son absence, les Génois et les Vénitiens
se présentèrent avec une fl otte de près de trois cents
navires, et, comme ils ne trouvèrent pas de résistance,
ils saccagèrent Mohdïa et Zouila. Ils étaient plus de
trente mille, et après le pillage ils se retirèrent.
L’année 483 fut marquée par deux fl éaux, la famine
et la peste ; cette dernière n’avait jamais été si
terrible qu’elle le fut alors.
Temin passa presque toute sa vie en guerre contre
les révoltés, et même contre ses propres parents.
C’était un homme d’un grand mérite. Il était même
poète. Il avait toujours chez lui un cercle de gens lettrés
avec lesquels il aimait à traiter des questions de littérature.
Ben-Rachik-el-K’aïrouâni était au nombre de
ses amis et a fait de beaux vers à sa louange. Ce prince
fut le plus clément. des Beni-Menâd ; il pardonnait
LIVRE CINQUIÈME. 147
facilement, même les plus grandes fautes. Sa vie fut
vraiment fort belle; mais, pour abréger, je passe bien
des choses. Sous son règne l’ennemi de la religion
s’empara de la Sicile. Les musulmans perdirent cette
île en 484. Que Dieu la leur rende un jour !
Puisqu’il ne sera plus question de ce pays, il convient
que je complète ce que j’en ai dit. Ceux qui nie
liront verront que la Sicile dépendit fort longtemps
de l’Afrique.
J’ai fait connaître que cette île fut conquise pour
Ibrahim-ben-el-Ar’lâb, par Açad-ben-el-Ferat, sous
le khalife ’Abd-Allah-el-Mans’our-ben-er-Rachid.
Les délégués des Beni-Ar’lâb y commandèrent jusqu’aux
jours des Beni-’Obeïd. En 336, le khalife El-
Mans’our, de cette dynastie, donna le gouvernement
de la Sicile à El-H’acen-ben-’Ali-ben-el-H’usseïn-et-
Kalbi, qui le conserva jusqu’à la mort de ce prince.
Sous le règne de Moez, il passa en Afrique, laissant à
son fi ls Ah’med le gouvernement de la Sicile ; c’était
en 342. Il resta en Afrique jusqu’en 347 ; à cette époque,
Moez le renvoya en Sicile. En 351, Moez écrivit
à El-Hacen de faire circoncire les enfants de la Sicile
le même jour que son fi ls, le Ier de rebi’-el-oouel de
ladite année. L’émir Ah’med commença par circoncire
ses propres enfants ; on circoncit ensuite ceux des
grands et ceux du peuple. On leur donna à tous des
vêtements. Moez leur envoya, de plus, 100,000 dinars
qui leur furent partagés ; ils étaient quinze mille.
En 352, Ah’med envoya mil sept cent soixante
148 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
et dix prisonniers qu’il avait faits à Tabaria dont il
s’était emparé. L’année suivante, Moez envoya en
Sicile une grande fl otte commandée par El-H’usseïn,
fi ls de l’émir Ah’med. Il y eut, entre cet émir et les
chrétiens, une grande bataille dans laquelle ceux-ci
furent vaincus. Il y périt plus de dix mille de ceux qui
donnent des associés à Dieu ; le butin fut considérable.
En 353, Moez rappela de la Sicile l’émir Ah’med ;
il s’y fi t remplacer par Iah’ia, affranchi de son père,
au moment de son départ, mais, après son arrivée en
Afrique, Moez y envoya ’Ali, frère d’Ah’med.
Moez donna ensuite à Ah’med le commandement
d’une fl otte qu’il envoyait en Égypte ; mais cet émir
mourut à Tripoli. Son frère fut alors nommé gouverneur
de la Sicile, dont il n’avait que le commandement
provisoire. Celui-ci gouverna douze ans et mourut dans
une expédition qu’il fi t en terre ferme dans un endroit
que l’on nomme Chehid. Son fi ls Djâber lui succéda
sans l’approbation du khalife, qui ne tarda pas à le
destituer et à envoyer à sa place Dja’far-ben-Moh’ammed-
ben-el-H’usseïn, lequel gouverna l’île jusqu’à sa
mort. ’Abd-Allah-ben-H’usseïn lui succéda et mourut
en 319. Son fi ls Abou-el-Fetouh’-Ioucef lui succéda. Il
gouverna avec douceur, mais, ayant été atteint de paralysie,
son fi ls Dja’far lui succéda de son vivant. Dja’far
tyrannisa le peuple, qui se souleva contre lui et vint l’assiéger
dans son palais. Son père Ioucef se fi t transporter
au milieu des révoltés et parvint à les apaiser en leur
promettant que Dja’far serait destitué. Il le fi t en effet.
LIVRE CINQUIÈME. 149
’Abou-Ah’med, surnommé Taïd-ed-Doula, le remplaça
en 410. 11 gouverna jusqu’en 427. Les habitants
de l’île se soulevèrent contre lui et le tuèrent.
Son frère H’usseïn, surnommé Samsam-ed-Doula,
lui succéda. Sous le gouvernement de celui-ci, les
soulèvements augmentèrent ; il fut obligé d’abandonner
le pays, et chaque chef se rendit indépendant
dans la ville qu’il commandait. Le k’aïd ‘Abd-Allahben-
Mankouz devint chef suprême d’Ouazer et de
Barbarana ; Ben-el-Aouaz, de Hana et de Zartana ; le
k’aïd Ben-et-Temenna, de Sargossa et de Ketarna ; et
tous ces chefs se fi rent la guerre entre eux. Ben-et-Temenna,
appuyé par les Français, fut victorieux (1). Le
prince de ces chrétiens se nommait Radjaï (2). Il prit,
avec Ben-et-Temenna, un grand nombre de places.
Beaucoup de docteurs de la loi quittèrent alors l’île et
allèrent demander du secours à El-Moez. Ce prince
envoya en Sicile une armée qui n’obtint aucun succès
à cause des divisions des musulmans, à qui il ne resta
bientôt plus que Bana et Djerza. Ces deux. villes furent
assiégées et leurs habitants réduits à manger de
la chair humaine. Djerza se rendit la première ; Bana
résista pendant trois ans ; enfi n les Français réunirent
contre elle toutes leurs forces et la prirent. Radjaï se
rendit naître de toute l’île et mourut à l’âge de quatre-
vingts ans. Que Dieu le maudisse ! Son fi ls, qui
lui succéda, fut encore plus redoutable ; il affecta les
_______________
1 Les Normands, qui avaient conquis le Midi de l’Italie.
2 Roger.
150 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
manières des princes musulmans, s’entourant d’une
suite nombreuse. Il fi t établir les Français dans l’île
au milieu des musulmans, que, du reste, il traita avec
douceur. Ses fl ottes étaient montées par des soldats
des deux peuples(1). Elles s’emparèrent de beaucoup
de villes, telles que Mohdïa, Souça, Djerba et Tripoli
; dans l’Orient, il s’empara d’Antioche, où il y eut de
sanglants combats. Que Dieu le maudisse !
La Sicile est la plus belle île de la mer. Il y a de
superbes villes. La plus belle et la plus considérable
est Palerme, que les montagnes entourent de toutes
parts, excepté du côté de la mer. Elle se divise en trois
quartiers, dont le plus beau est la ville vieille appelée
Khaleça; c’était la demeure des princes et des grands
au temps des musulmans(2). Elle contenait un arsenal
maritime. La Sicile resta plus de deux cent soixante
et dix ans au pouvoir des musulmans. Que Dieu la
leur rende !
Je ne suis entré dans tous ces détails que parce
que la Sicile a été une dépendance du gouvernement
de l’Afrique jusqu’au moment où les ennemis de la
religion s’en sont emparés. Les dissensions intestines
des musulmans furent la cause de la perte de cette conquête.
Que Dieu nous préserve de pareils désordres,
_______________
1 Roger était un très-grand prince qui savait vaincre et administrer;
Il avait pour but d’établir une fusion complète entre les
vainqueurs et les vaincus. Il était plus avancé que son siècle et que
beaucoup de gens du nôtre.
2 Tout ceci est tiré d’Edrîci.
LIVRE CINQUIÈME. 151
et qu’Il nous maintienne dans sa grâce ! Je retourne
Maintenant au règne d’El-Moez.
Aïouba a dit : « Temin-ben-et-Moez mourut en
501, âgé de quatre-vingt-neuf ans, après un règne de
quarante-six ans, dix mois et vingt jours. Il laissa cent
fi ls et soixante fi lles. Son fi ls Iah’ia lui succéda. »
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