GOUVERNEMENT D’ABOU-EL-’ABBAS AH’MED.
El-Moula-Abou-el-’Abbas-Ah’med ben-el-êmir-
Abou-’Abd-Altan-Moh’ammed-ben-Abou-Iah’iaben-
Abou-Bekr-ben-Abou-Zakaria-Iah’ia-ben-el-
Moula-Ibrahim-ben-el-Moula-Iah’ia-el-Mostans’er252
HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
ben-Iah’ia-ben-’Abd-el-Ouah’ed-ben-Abou-Bekrben-
Abou-H’afez-’Omar fut proclamé khalife à Tunis
le 12 rebi’ 772. C’était un homme bon, sage et courageux.
Il avait fait longtemps la guerre en Occident.
Se trouvant à Tlemsên avec le sultan Abou-Sâlem-el-
Merini, il alla demander la bénédiction du saint cheikh
Abou-Mehedin(1), et promit devant lui de rendre toujours
le bien pour le mal. Lorsqu’il se fut emparé du
pouvoir, il chercha à détruire les abus, et surtout à empêcher
les Arabes de tenir les villes sous leur dépendance.
Ayant appris que le fi ls de Tafradjin leur donnait
des conseils pernicieux, il le fi t arrêter et l’envoya
à Constantine, où il mourut en prison. Il ne se départit
de sa sévérité avec les Arabes que lorsqu’ils n’eurent
plus parmi eux de chefs dangereux et remuants. Il se
rendit maître de K’afs’a et de Tôzer, arrêta les cheikhs
qui y commandaient, et confi squa leurs biens.
On compte parmi ses bonnes actions l’établissement
de lecteurs publics à la mek’s’oura(2), située à
l’Ouest de la mosquée de l’Olivier, et la construction
d’une fontaine près de la porte de Carthage. Il assura
l’existence de ces deux créations par des h’abous(3)
dont les revenus leur furent affectés.
Il fi t construire un fort à l’Est de Carthage, et un
hôtel dans la rue d’Abd-es-Sâlem, près de la grande
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1 On voit encore le tombeau de ce marabout, souvent visité par les
musulmans, dans un joli village qui porte son nom, à un quart de lieue de
Tlemsên.
2 Salle d’étude dépendante d’une mosquée.
3 On appelle ainsi des immeubles engagés à perpétuité à des établissements
publics ou à des corporations. La nue-propriété ou h’abous
LIVRE SIXIÈME. 253
mosquée. Il y passait ordinairement le temps du ramad’ân.
Il abolit la difa, c’est-à-dire les fournitures
de vivres imposées aux habitants du pays lorsque la
cour était en voyage.
Ce khalife a mérité tout le bien que Ben-ech-
Chemma a dit de lui. Le savant Bedr-ed-Din-ed-Domamini(
1) composa en son honneur une magnifi que
pièce de vers, dont Ez-Zarchi, qui l’a commentée,
a fait ressortir toutes les beautés. Il la lui envoya
d’Alexandrie; mais ce prince ne lui fi t pas un présent
proportionné à l’ouvrage, car il ne lui paya
qu’un dinar la stance. Le poète s’en plaignit, et celui
qui était chargé de lui remettre ce mince cadeau
de la part du khalife, lui dit, par une sorte de pudeur,
qu’on lui en enverrait autant tous les ans. Autrefois
les princes donnaient mille dirhems par stance. Er-
Rachid, en rétribuant ainsi Abou-H’afsa, en avait
établi l’usage. Les vers sont une marchandise qui a
ses temps de hausse et ses temps de baisse. De nos
jours, composez vos stances de perles, on vous rendra
de la terre.
Bedr-ed-Din avait pris pour sujet de son oeuvre la
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peut être séparée de la jouissance. Par exemple. on peut constituer un
immeuble h’abous en faveur d’un établissement, et cependant en conserver
la jouissance à ses héritiers du sang. Alors l’établissement n’entre en
possession qu’à l’extinction de la famille. C’est un moyen de prévenir
les confi scations si fréquentes et si arbitraires dans les états despotiques.
L’étude des h’abous, appelés ouak’f en Orient, est une des parties les plus
importantes du droit musulman.
1 Bedr-ed-Din-Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-ben-Abou-Bekr-el-
Makhzouni-ed-Domamini, poète et commentateur.
254 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
conquête que fi t le khalife de la ville de K’âbes. Cette
ville avait d’abord appartenu aux princes de Senhadja.
Les Beni-Helal la leur enlevèrent et la possédèrent
jusqu’au temps des Beni-’Abd-el-Moumen, qui
s’en rendirent maîtres. Elle fut depuis possédée par
K’arak’ouch l’Arménien, mamelouk de Mâlek-el-
Medser, gouverneur d’Égypte. Les Beni-H’afez s’en
étaient emparés au commencement de leur domination.
Elle se révolta contre l’émir Abou-el-’Abbas-
Ah’med, qui la reprit après un siège opiniâtre. Voici
un des vers de la pièce d’Ed-Domamini :
Sous votre règne, une lumière qui fait pâlir celle du jour
a éclairé K’âbes.
L’interprète ‘Abd-Allah, ancien prêtre chrétien
converti à l’islamisme, a fait un pompeux éloge de ce
khalife dans son ouvrage intitulé : Tenfet-el-adib-fi -
rad-’ala-ahel-es-Selib(1).
Sous le règne d’Abou-el-’Abbas, les Génois et
les Français arrivèrent à Mohdïa avec une fl otte de
quatre-vingts vaisseaux et débarquèrent. Ils y restèrent
deux mois. Le khalife fi t marcher des troupes
contre eux, et, après plusieurs combats, les chrétiens,
vaincus, furent obligés de se rembarquer(2).
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1 Le titre de cet ouvrage peut se traduire ainsi : «Réponses victorieuses
aux arguments des adorateurs de la Croix.»
2 Cette expédition est racontée fort au long dans la chronique
de Froissart. Les Génois en conçurent le projet, et, mettant à profi t
une trêve qui venait d’être conclue entre la France et l’Angleterre, et
laissait sans occupation les guerriers de ces deux royaumes, ils fi rent
LIVRE SIXIÈME. 255
Abou-el-’Abbas-Ah’med mourut le 3 cha’ban 796,
âgé de soixante-sept ans, après un règne de vingtquatre
ans et quatre mois, pendant lequel il releva la
gloire de la dynastie des Beni-H’afez et la fi t briller
d’un nouvel éclat. Son fi ls, Es-Sa’ïd-Abou-Farez,
compléta son oeuvre, étouffa tout esprit de révolte
chez les Arabes, et fi t fl eurir les écoles publiques.
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