Tuesday, 7 July 2009

DEUXIÈME GOUVERNEMENT D’ELH’ADJ-MAMI.

DEUXIÈME GOUVERNEMENT D’ELH’ADJ-
MAMI.
Dès que Mami fut rentré au pouvoir, il envoya
de ses amis à Kef, pour être au courant de ce qui se
passait sur ce point. Il établit en même temps des
postes aux portes de la ville et obligea les habitants
de Tunis à monter la garde durant la nuit ; car tout le
pays était en fermentation. Peu après éclata la révolte
de K’aïrouân, et pendant quarante jours il fallut faire
à Tunis un service de surveillance très-pénible.
Voici un trait du caractère de Mami. Les députés
qu’il avait envoyés à Kef rencontrèrent en chemin deux
hommes qui venaient d’être dépouillés. Ils leur demandèrent
qui les avait ainsi traités, et ils répondirent que
c’étaient les gens de Moustafa-Espagnol(1), qui avait
levé l’étendard de la révolte de ces côtés. Les députés
changèrent alors de route et rentrèrent à Tunis par un
autre chemin, pour ne pas tomber entre les mains de
ce Moustafa. Ils fi rent leur rapport au dey, qui ne voulut
pas croire ce qu’ils lui dirent. Ils produisirent alors
les deux hommes dépouillés. Mami les interrogea ;
_______________
1 C’était un Tunisien, que les circonstances de sa vie avaient
conduit à embrasser le christianisme en Espagne, où il vécut longtemps.
D’autres circonstances l’ayant ramené en Afrique, il revint à
l’islamisme. On l’appelait vulgairement don Philippe, nom qu’il portait
étant chrétien. Il est beaucoup question de lui dans un petit ouvrage
de Galand, intitulé : Relation de la captivité d’un marchand de Tunis.
372 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
et, quoique leurs déclarations fussent conformes a la
vérité et au rapport des députés, il leur fi t administrer
la bastonnade. Dieu nous préserve d’un pareil juge !
Mami, toujours à l’affût des nouvelles, apprit
enfi n qu’Ali-Bey était revenu du Djerid, qu’un combat
avait eu lieu entre les deux frères dans le Fah’s
et que Moh’ammed avait été vaincu. Aussitôt Abou-
Ark’is-ben-’Otman et d’autres personnes s’enfuirent
de Tunis. Quelques jours après, un boulouk-bachi et
H’uceïn-Mami apportèrent la nouvelle offi cielle de la
victoire d’Ali-Bey. El-H’adj-Mami courut alors se réfugier
dans sa zaouïa, et la ville resta sans gouverneur.
La milice se réunit pour nommer un autre dey.
C’était le 27 de rebi’-el-akher 1088. Son choix tomba
sur ‘Azen-Ah’med, qui s’enfuit dès le lendemain. On
courut après et on le ramena. Il fut proclamé dey,
après toutefois qu’il eut fait ses conditions, que la
troupe accepta.

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