Tuesday, 7 July 2009

GOUVERNEMENT DU SULTAN MOH’AMMED.

GOUVERNEMENT DU SULTAN MOH’AMMED.
El-Moula-Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-benel-
Moula-Abou-Moh’ammed-el-H’acen-ben-elémir-
Abou-’Abd-Allah-Mohammed-el-Meç’aoudben-
el-émir-el-moumenin-Abou-’Omar-’Otman fut
salué khalife le jour de la mort de son cousin. Il s’installa
dans le palais de ses prédécesseurs, et tout le
monde s’empressa de lui rendre hommage. Moh’ammed
était un prince cloué d’une haute intelligence ; il
était doux, poli, éloquent, aimant le bien et ceux qui
le font. Il avait beaucoup de vénération pour les santons.
Ce fut lui qui fi t bâtir la mek’soura annexée à la
grande mosquée du côté de l’Est, et disposée de manière
qu’elle a vue sur le Sud. On l’aperçoit de la rue
des ‘At’t’arin et de celle des Cherrâbin. Il la munit de
livres choisis et y plaça des gardiens. Cette bibliothèque
était ouverte tous les jours, de midi à l’ac’er. Des
rentes étaient affectées à son entretien.
A peu de distance, et à l’Est de cette mek’soura, il
fi t construire une fontaine, là où Moula-el-Mostans’er-
Billah avait construit un aqueduc. Il chargea l’imam
de la grande mosquée de veiller à sa conservation. Cet
imam s’appelait Abou-el-Bark’ak-ben-Asfour ; que
Dieu leur remette leurs péchés à l’un et à l’autre !
Abou-el-K’âcem-ez-Zellaïdji mourut sous le règne
de Moh’ammed en 902. Il fut inhumé dans sa propre
268 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
chapelle, près de la porte Khâled, à Tunis. Le khalife
assista à ses obsèques.
Un autre cheikh, Sidi-el-Mans’our-ben-Djerdan,
mourut peu après, dans le mois de djoumâd 904. Il
rendit le dernier soupir dans la mek’soura de l’Est, la
tête appuyée sur les genoux de l’imam de la grande
mosquée, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. L’imam le
transporta lui-même dans sa maison, rue ‘Abd-es-Salem,
lava son corps et l’inhuma dans sa chapelle, au
quartier dit Haoumet-et-Fâr.
Le khalife Moh’ammed eut de grandes guerres
contre les Arabes ; mais il ne fut pas heureux et perdit
beaucoup de pays. Un jour, il fut battu près de K’aïrouân
et rentra à Tunis avec huit cavaliers seulement.
Ce fut cependant lui qui facilita au k’âïd Haroudj le
Turc la prise d’Alger(1). Il y avait alors dans cette ville
un fort occupé par les chrétiens; Haroudj l’assiégea
et s’en empara(2).
Après l’année 984, c’est-à-dire après que se furent
passés à Tunis des événements dont je parlerai plus
loin, l’empereur(3) arma une fl otte pour attaquer Alger.
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1 Le roi de Tunis fut en effet très-utile à Baba-Haroudj, vulgairement
appelé Barberousse, au commencement de sa fortune, en lui
permettant d’établir ses dépôts à la Goulette et à l’île de Djerba ; mais
bientôt, craignant l’ambition de cet habile corsaire, il changea complètement
à son égard : il lui refusa des munitions à l’époque de son second
siège de Bougie, et ne lui fut d’aucun secours dans l’affaire d’Alger.
2 Ceci est une erreur. Ce fort ne fut pris qu’après la mort d’Haroudj,
par son frère Kheir-ed-Dîn, bien que les Turcs fussent maîtres de
la ville depuis plusieurs années,
3 Charles-Quint.
LIVRE SIXIÈME. 269
H’acen-Ar’a, lieutenant de Kheir-ed-Din-Bacha, se
trouvait alors dans cette ville, ainsi que le cheikh des
Chorfa. A la vue de cette fl otte, H’acen voulut prendre
la fuite, mais le chérif l’en empêcha et l’engagea
à ne pas perdre courage. Sur ces entrefaites, survint
une grande tempête qui fi t périr la fl otte des chrétiens.
Les Algériens triomphèrent grâce à la mer, qui est
leur plus grande défense ; ils fi rent un riche butin.
J’ai pris ce que je viens de dire d’Alger dans
l’ouvrage de Sidi-ech-Cherif-Bark’at. Le même auteur
raconte que Moh’ammed, dans le commencement de
son règne, envoya à El-Gouri, sultan d’Égypte, un
riche présent où l’on remarquait, entre autres curiosités,
des girafes. Ce présent fut offert par un certain
Moh’ammed-el-Garibi, que le khalife avait chargé de
cette mission. El-Garibi était cheikh à Bab-es-Souek’a
; plus tard il causa de l’ombrage à Moh’ammed, qui
le fi t traîtreusement assassiner. L’auteur que je viens
de citer dit encore qu’en 914 Ben-Cheraf enleva la
ville de Tripoli à Moh’ammed, et qu’il la céda aux
chrétiens. En apprenant cette nouvelle, Moh’ammed
s’empressa d’envoyer une armée contre les chrétiens.
Elle était commandée par Moh’ammed-Abou-H’addad,
le plus vaillant de ses k’âïds. Le chef des chrétiens
lui présenta le combat et fut fait prisonnier. Cet
Abou-H’addad était k’âïd de Tôzer(1).
_______________
1 Ces faits ne sont point exacts. Tripoli fut prise de vive force
par les Espagnols, commandés par Pierre Navarre. Ben-Cheraf ne
rendit que la citadelle, où il s’était retiré après la prise de la ville, et ne
270 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
Le sultan Moh’ammed fut, on peut le dire, le dernier
des Beni-H’afez. Ceux qui vinrent après lui n’en
eurent que le nom, sans titres pour en soutenir l’éclat. Il
mourut le 25 rebi’-el-akber 932. Son fi ls lui succéda.

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