Tuesday, 7 July 2009

LIVRE 8 SUITE DU GOUVERNEMENT OSMANLIS

LIVRE HUITIEME.
SUITE DU GOUVERNEMENT DES OSMANLIS.
J’ai donné l’histoire des deys qui ont gouverné
Tunis. Il convient maintenant que je fasse celle des
beys. Rien n’a encore été écrit sur ce sujet. Je ne
compose que d’après mes souvenirs et les renseignements
conservés par la tradition.
Au temps des Beni-H’afez, les sultans prélevaient
les contributions en marchant à la tête de leurs
troupes ; mais, du temps des osmanlis, l’administration
du pays fut confi ée à des k’âïds. Les principaux
marchaient à la tête des armées, et, quoique les
Arabes fussent redoutables, ils avaient soumis, par
ruse et par adresse, beaucoup de tribus telles que les
Oulâd-Belil, les Oulâd-H’amza, les Beni-Chenouf de
Kef, les Oulâd-Medafeh, les Oulâd-Saïd et autres.
Les montagnards étaient presque tous insoumis. Les
autorités de la ville, quoique nombreuses, avaient
trop peu de forces à leur disposition, pour arriver à
ces résultats, qui n’auraient pas été obtenus sans ce
mode d’administration. Le premier qui l’introduisit
fut le k’âïd Ramd’ân, d’une famille d’euldj, et dont le
nom fut redouté des Arabes. Il était d’Alger et avait
eu des emplois dans ce pays. Il se rendit ensuite à Tunis,
on ses talents lui valurent la haute position qu’il
occupa. Il avait des mamelouks, dont quelques-uns
LIVRE HUITIÈME. 381
furent des hommes distingués et obtinrent des charges
du vivant de leur maître. Les plus renommés
étaient Mourad, Ramd’ân et H’uceïn ; mais Mourad
l’emportait sur les deux autres par son intelligence. Il
comprenait bien l’administration des raïas, et savait
ce qu’on pouvait exiger de chacun. K’âïd-Ramd’ân
le nomma son khalifa, et le préféra même à son frère
Radjeb.
Mourad avait étudié le caractère et l’esprit de
ses camarades les mamelouks, et savait ce dont ils
étaient capables. Une personne qui l’a connu m’a
rapporté qu’il disait d’H’uceïn qu’il mourrait pauvre
et aveugle, et que Ramd’ân serait un jour la misère
personnifi ée. Il en fut comme il l’avait prédit.
Mourad tirait vanité de sa fortune, qu’il disait
plus considérable qu’elle ne l’était en effet. Il répétait
souvent : « Il faut que je serve mon maître avec dévouement,
quoique je sois riche. »
Mourad continua à prospérer jusqu’à ce qu’enfi n
il arriva au même rang que son maître. A la mort de
celui-ci, Radjeb, son frère, désira le remplacer. Il se
rendit chez Ioucef-Dey, pour lui exposer ses prétentions.
Le dey lui répondit que celui à la porte duquel
se trouverait le lendemain Es-Ser’ir-ben-Sandal serait
bey commandant l’armée. Le dey connaissait le bon
esprit de Sandal, qui était alors retiré dans une zaouïa.
Le lendemain il fut trouvé à la porte de Mourad, qui le
prit auprès de lui(1). Radjeb eut le commandement des
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1 L’auteur ne s’explique pas plus clairement; mais cela veut dire
382 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
Oulâd-R’emar’em; mais ses services ne peuvent être
comparés à ceux que rendit Ben-Sandal. Lorsque
Mourad sortait à la tête d’une armée, il remplissait
toutes les fonctions de général bien mieux que Radjeb.
Quelquefois les deux chefs agissaient de concert.
A la bataille contre les Algériens, Mourad et Radjeb
commandaient chacun un corps d’armée ; mais
tous les mamelouks de celui-ci l’abandonnèrent pour
aller joindre son rival. Après la défaite, il se rendit à
l’armée de Kef, où sa sagesse rétablit les affaires. La
multitude des chefs nuit au commandement.
Mourad prenait souvent H’uceïn pour son khalifa(
1). Il continua à s’élever au-dessus des autres, et
ambitionna enfi n le plus haut grade de l’armée. Il exposa
sa demande à la Sublime Porte, et il eut la satisfaction
de la voir accueillie. Le sultan lui conféra en
1041 la dignité de pacha.
Mourad possédait dans les manières une affabilité
remarquable, qui fut la principale cause de sa fortune.
En guerre, il était actif-et résolu, et ne reculait jamais
devant les déterminations les plus hardies. Il en voulait
beaucoup aux Oulâd-Saïd, qu’il cherchait à anéantir.
Il fut heureux dans ses expéditions contre ces Arabes,
quoiqu’il eût alors des associés dans le commandement.
Dans sa dernière campagne, il leur fi t un mal
affreux et les força à sortir du pays de Tripoli. Ce fut
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probablement que le dey confi a à Sandal le soin de désigner le nouveau
bey.
1 Lieutenant
alors qu’il fut nommé pacha. Il reçut sa nomination
dans la ville de Sfax. Il échangea, dès lors, le titre de
bey pour celui de pacha, et donna celui de bey à son
fi ls. Il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité,
car il mourut dans l’année même où il l’obtint. Il fut
inhumé auprès du cheikh Sidi-Ah’med-ben-’Aious.
Ce ne fut que longtemps après, que son fi ls El-’Assad-
Moh’ammed-Pacha fi t transporter ses restes dans
le tombeau qu’il avait consacré à la famille dans le
mesdjed qui porte son nom, et qui devint le plus beau
de Tunis. J’en parlerai plus tard.

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