Tuesday, 7 July 2009

GOUVERNEMENT D’ABOU-’OMAR.

GOUVERNEMENT D’ABOU-’OMAR.
El-Moula-êmir-el-moumenin-Abou-’Omar-’Otman-
ben-el-Moula-Abou-’Abd-Allah-Moh’ammedben-
el-Moula-Abou-Farez-’Abd-el-’Azîz fut salué
khalife le jour de la mort de son frère. Tout le pays
s’empressa de le reconnaître. Ce fut un des meilleurs
khalifes de la dynastie des Beni H’afez. Ce prince vécut
de longues années et fi t beaucoup de bien. Ses oeuvres
sont certainement inscrites chez le Tout-Puissant.
Il fi t construire une superbe école dans la rue de Sidi-
Mah’rez-ben-el-Khalf, et une chapelle pouvant servir
262 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
à la prière et à l’étude. Des chambres y furent construites
pour les t’olba(1), et des cuisiniers y préparaient
des repas pour les pauvres. Il y avait aussi une fontaine
pour l’utilité publique. Des h’abous furent affectés à
l’entretien de ces établissements. Une partie du bâtiment
de l’école existe encore, mais l’école elle-même
a disparu. Une autre zaouia(2), avec chapelle pour la
prière, salle d’étude et chambres pour les étudiants,
fut construite à ’Aïn-ez-Zemit. On y faisait aussi des
distributions de vivres aux nécessiteux de la ville et
aux voyageurs. Des h’abous furent affectés à cet établissement,
dont il ne reste plus de traces. La bibliothèque
de la Mak’soura, qui est à l’Est de la grande
mosquée, fut augmentée en livres fondamentaux ; on
y établit des gardiens ; des rentes furent constituées
pour en assurer l’existence. De nos jours, il n’existe
plus de livres dans cet établissement. Les h’abous qui
y étaient affectés existent encore, mais les revenus
ont reçu une autre destination. Les livres disparurent
à l’époque où les ennemis de notre foi s’emparèrent
de la ville, ainsi qu’on le verra plus tard.
Trois petites écoles, où l’on apprend à lire aux enfants,
furent établies sous ce règne : l’une au pied de
la hauteur qui est au delà de la grande mosquée, et les
deux autres sur la place de Bâb-el-Menâra. Les vastes
mîdât(3), situées au Sud de la grande mosquée, sur le
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1 On désigne ainsi en Afrique des hommes instruits en théologie qui
vivent dans les établissements religieux.
2 Hermitage, petit établissement religieux.
3 On appelle ainsi un local destiné aux purifi cations des musulmans.
LIVRE SIXIÈME. 263
chemin d’Abou-Sâlem, furent construites à cette
époque. Des rentes étaient affectées à leur entretien.
Aujourd’hui cet utile établissement tombe en ruines,
et bientôt il n’existera plus.
Le bâtiment dont ’Abd-et-’Aziz avait jeté les
fondements près de la rue Falk’a, qu’il destinait à une
grande école, et qu’il n’eut pas le temps d’achever, fut
continué. Rien n’y fut épargné, et des rentes lui assurèrent
un long avenir. Cette école existe encore ; mais les
h’abous qui lui furent affectés étant tombés en ruines,
on a vu, dans ces derniers temps, les t’olba y prendre
des repas proportionnés à l’exiguïté des ressources
dont l’établissement disposait encore. En 1090, cet
établissement et ses h’abous sortirent de leurs ruines,
grâce à son directeur le cheikh Abou-’Abd-Allah-
Moh’ammed, qui lui rendit un certain éclat.
Abou-’Oman-’Otman honorait les chérifs, leur
faisait du bien et protégeait les voyageurs. Il avait
l’habitude de faire chaque année une tournée dans
ses états pour maintenir l’ordre et punir les Arabes
qui le troublaient ; du moins voilà ce qu’en dit Benech-
Chemma.
Ez-Zarak’chi(1) a écrit son histoire. Je vais en extraire
quelques passages, tout en abrégeant, comme
je l’ai fait pour l’ouvrage de Ben-ech-Chemma.
Cet auteur rapporte qu’un jour il marcha contre
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Il renferme des cabinets d’aisances, des fontaines et des bassins pour ablutions.
1 Cassiri mentionne un auteur de ce nom, mort en Égypte en 794 ;
mais ce ne peut être celui-ci, qui est bien postérieur à cette époque.
264 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
les Arabes, et parvint, par ruse, à attirer plusieurs
de leurs chefs dans son camp. C’étaient Nàc’er-ed-
Douâdi, Moh’ammed-ben-Sa’ïd, Isma’ïl-ben-Derrar
et quatre autres. Il fi t à chacun d’eux un cadeau de
mille dinars, puis il les invita à aller passer la nuit
chez les k’aïd. Le lendemain ils étaient morts. Abou-
’Omar punit les Arabes par où ils avaient péché. Les
peuples peuvent être comparés aux scorpions, qui
ne cessent de piquer que lorsqu’on leur a coupé la
queue. Aujourd’hui les Arabes sont pires que par le
passé. Que Dieu les extermine !
Le cheikh Er-Reça a parlé des guerres des Arabes
dans son ouvrage intitulé El-Fah’reçat. Il dit que les
Oulâd-Bellîl, les cheikhs les plus puissants de l’Afrique,
réunirent leurs forces et vinrent assiéger Tunis.
Abou’Omar les combattit et les mit en fuite. On attribua
ce succès aux prières de Sidi-Abou-el-K’âcemel-
Berzeli, qui ne cessait d’adresser des voeux au ciel
pour l’extermination des Arabes.
Ce même auteur raconte aussi qu’en 852 ou
854 il y eut à Tunis une fête magnifi que à l’occasion
du mariage de l’héritier présomptif du trône, l’émir
‘Abd-Allah-Moh’ammed-el-Meça’oud. Selon moi, il
n’y a pas eu dans la famille des Beni-H’afez, un prince
aussi doux et aussi pieux que celui-ci. Il fut le père de
deux frères qui furent khalifes, et dont les descendants
héritèrent du trône. Le cheikh Ben-el-Khelouf lui
adressa un panégyrique qui lui a survécu. Il composa
lui-même un ouvrage de piété, qui fut déposé près
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des tombeaux, à côté du boukhari chie son père avait
donné à la grande mosquée. Un lecteur rétribué en faisait
lecture publiquement chaque jour de la semaine,
après la prière du dimanche. On lui attribua plusieurs
autres actions ; mais je suis obligé de les passer sous
silence, pour ne pas trop m’étendre sur le même sujet.
En 873, la peste se déclara à Tunis avec tant de
violence, qu’il y mourait, a-t-on dit, quatorze mille
personnes par jour, et que les pertes totales s’élevèrent
à cinq cent mille, dont quatre cent mille en ville,
et cent mille au dehors.
En 875, le puits à roue, nommé El-Mans’oura,
situé près du Bordj-es-Sak’ra, au Nord de la montagne
de Fatah’, fut achevé ; il était dans le voisinage
de l’emplacement où l’on avait établi la chapelle dite
Es-Sak’ra, qui roula un jour à la mer avec le rocher
sur lequel elle s’élevait.
Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-el-Meç’aoud
mourut en 855, dans le mois de djoumâd. Son corps
fut déposé dans la sépulture de ses aïeux, auprès du
cheikh Mah’rez.
Abou-’Omar-Otman reçut d’Espagne un exemplaire
du livre saint pour lequel il dépensa mille dinars.
Il y fi t faire un fourreau richement brodé, et le
déposa près des tombeaux. Un t’âleb fut chargé d’en
faire des lectures publiques trois fois par jour; savoir :
avant la prière du matin, avant celle de midi et avant
celle de l’ac’er.
Abou-Omar fut le plus glorieux prince de l’Afrique
266 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
et régna plus longtemps qu’aucun de ses prédécesseur.
Il mourut vers la fi n de ramad’ân 893. Son petitfi
ls lui succéda.
GOUVERNEMENT D’ABOU-ZAKARIA-IAH’IA.
El-Moula-êmir-el-moumenin-Abou-Zakaria-
Iah’ia-ben-el-Moula-Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-
el-Meç’aoud-ben-el-Moula-Abou-’Omar-’Otman,
fut salué khalife après la mort de son grand-père.
Selon l’usage, il se mit à la tête de l’armée et sortit de
Tunis. Peu de jours après son départ, des fuyards vinrent
annoncer que les Arabes avaient battu ses troupes
et qu’il avait été tué dans la déroute. Le lendemain de
cette nouvelle, on promena en effet dans la ville, au
bout d’une lance, une tête qu’on disait être la sienne.
Abou-Moh’ammed, son cousin, prit aussitôt la direction
des affaires. Il était fi ls d’Abou-Ish’ak’. Ceci se
passa dans le mois de redjeb 893. Dans le courant
de zil-h’adja, on apporta en ville le corps de l’émir
Abou-Zakaria-Iah’ia, présumé tué après sa défaite,
et on l’inhuma près de Sidi-Ah’med-es-Sak’ra. Rien
ne pouvait donc faire douter de la mort de ce khalife,
lorsqu’on le vit revenir vivant. Sa prétendue mort
n’avait été qu’un jeu. Il serait trop long de donner
les détails de cette intrigue. Il rentra donc à Tunis et
fut de nouveau reconnu khalife. Il fut clément envers
tout le monde et reçut la soumission de Bône, K’âbes,
Sfax, et enfi n de tout le pays. Il gouverna jusqu’en
899, époque où il mourut de la peste qui ravageait
LIVRE SIXIÈME. 267
alors le pays, le 10 du mois de cha’ban. Il régna cinq
ans, dix mois et vingt jours.

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