GOUVERNEMENT D’EL-H’ADJ-CH’ABÂN.
El-H’adj-Ch’abân s’établit à la k’as’ba. Il commença
à gouverner avec douceur, tout en sachant se
faire craindre. Il veilla avec le plus grand soin sur les
denrées qui servent à la nourriture du peuple. Il parcourait
lui-même les rues, pour s’assurer du poids du
pain mis en vente.
Il y eut sous son règne deux fêtes superbes : l’une
à l’occasion de la prise de Candie, qui eut lieu dans
le mois de zil-k’ada de l’année 1081, l’autre donnée
par Mourad-Bey à son frère H’acen-Bey et son fi ls
’Ali-Bey. ‘Ali-Bey marcha sur les traces de son père,
et donna dans sa vie d’incroyables preuves de bravoure.
Mourad-Bey fi t présent à El-H’adj-Ch’abân
d’une maison que celui-ci habita, et qu’il rendit l’une
des plus belles de la ville.
Deux intrigants, Ben-el-K’aïd-Djafar et Moh’ammed-
Ben-Ah’med-Khodja, s’étaient emparés de l’esprit
d’El-H’adj-Ch’abân. Ils parvinrent à lui faire voir
LIVRE SEPTIÈME. 365
en beau plusieurs mauvaises choses, et surtout à lui
inspirer contre les beys des sentiments de haine qui
ne tardèrent pas à se produire à l’extérieur. Les beys,
instruits de ce qui se passait, se préparèrent, de leur
côté, à rendre le mal pour le mal. En 1083, Mourad-
Bey, de retour du camp d’hiver, ne voulut pas entrer
en ville, car il méditait dans son coeur de sinistres projets
contre El-H’adj-Ch’abân. Il avait écrit au divan
pour se plaindre de lui, et le divan avait été d’autant
plus disposé à ajouter foi à ses paroles, que le dey
avait déjà donné plusieurs preuves de ses mauvaises
intentions contre le bey. El-H’adj-Ch’abân, effrayé
des suites de tout ceci, envoya une députation de ses
amis à Mourad-Bey pour s’excuser. Celui-ci attendit
pour faire éclater toute sa colère, d’être maître de
Ben-Djaffar et de Ben-Ah’med-Khodja ; puis, lorsque
les députés furent en sa présence, il leur déclara
qu’il lui fallait l’abdication d’El-H’adj-Ch’abân,
qui fut contraint de la signer vers la fi n de zil-h’adja
1083. El-H’adj-Moh’ammed-Mentechli fut proclamé
dey à sa place.
Lorsque la députation fut de retour à Tunis, elle
se dirigea vers la k’as’ba, et en fi t sortir El-H’adj-
Ch’abân, qui fut envoyé à la campagne à Ras-et-
T’abïa. Quelques jours après, il fut conduit prisonnier
à Zar’ouân, où il mourut au commencement de
l’année 1085. On transporta son corps à Tunis, où il
fut inhumé. Chacun connaît son tombeau.
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