Tuesday, 7 July 2009

GOUVERNEMENT D’ABOU-FAREZ.

GOUVERNEMENT D’ABOU-FAREZ.
L’émir el-moumenin Abou-Farez-’Abd-el-’Azîzben-
el-Moula-Abou-el-’Abbas-Ah’med-ben-Abou-
’Abd-Allah-Moh’ammed-ben-Abou-Iah’ia-ben-Abou-
Zakaria-Iah’ia-ben-Brahim-ben-Abou-Zakaria-benel-
Mostans’er-ben-Iah’ia-ben-Abd-el-Ouah’ed-ben-
Abou-Bekr-benech-Cheikh-Abou-H’afez-’Omar-el-
Hentati prit les rênes de l’état immédiatement après la
mort de son père. Ce fut lui des meilleurs princes qui aient
occupé le trône. Il fi t régner le bon ordre dans ses états. Il
avait de la fermeté, il respectait les marabouts, honorait les
savants, et recherchait les gens de bien, sur l’exemple
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appel à tous les chevaliers de bonne volonté. Le pays conquis devait
rester aux Génois, qui fournirent la fl otte et pourvurent à toutes les
dépenses. Afi n d’intéresser encore plus la France dans cette affaire,
ils offrirent le commandement de l’expédition à l’un des princes de
la famille royale, au choix du roi Charles VI. On leur envoya le duc
de Bourbon, dont l’impéritie fi t échouer l’entreprise. Les chrétiens
restèrent soixante et un jours devant Mohdia, bloquant plutôt qu’assiégeant
la place. Ils se rembarquèrent aux approches de la mauvaise
saison. Du reste, il n’y eut aucun combat sérieux. Ainsi il n’est pas
exact de dire que les chrétiens furent vaincus par les Arabes ils le furent
par l’incapacité de leur général.
256 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
desquels il réglait sa conduite. Il aimait à faire des
aumônes. Tous les ans, il remettait aux conducteurs
des pèlerins une certaine somme pour les temples de
la Mecque et de Médine et pour les savants de l’orient.
Les musulmans d’Espagne reçurent souvent de lui
des secours en grains et autres subsides, pour les aider
dans leurs guerres contre les ennemis de la religion.
Il fi t construire une bibliothèque près de la grande
mosquée, dans un endroit appelé Helal ; il y réunit
les livres fondamentaux, et permit aux savants d’y
entrer à certaines heures, soit pour y lire, soit pour y
prendre des notes ; des agents spéciaux étaient chargés
de mettre à leur disposition tout ce dont ils pourraient
avoir besoin. Il s’occupait beaucoup lui-même
de la lecture des livres de science.
L’interprète dont il a déjà été question nous apprend,
dans son ouvrage, qu’il abolit plusieurs droits
qu’il était d’usage de percevoir au profi t du trésor.
Ils étaient considérables; car le marché dit Rehadena
rapportait................................................3,000 dinars.
La Rah’ba....................................................5,000 dinars.
Le marché aux légumes...............................3,000 dinars.
Les ‘Attarîn ou droguistes..............................150 dinars.
Le marché à l’huile...........................................50 dinars.
Le marché au blé 1,000......................................dinars.
Le marché au bois........................................1,000 dinars.
Dar-ech-Cheroul 3,000.......................................dinars.
Le marché El-Kechâchîn...............................200. dinars.
Es-Safârîn.......................................................200 dinars.
LIVRE SIXIÈME. 257
Il fut clément, sage et juste. Il gouverna toujours
suivant la loi de Dieu et, les préceptes du prophète.
Gardien rigide des bonnes moeurs, il envoya en exil
les hommes qui se livraient à des amours infâmes. La
sagesse de son administration étant connue au loin,
les caravanes arrivaient. en foule, dans ses états, de
tous les points du monde.
Il fi t des courses en Sakalia, et en rapporta un immense
butin. Il se rendit maître de K’âbes, Tripoli, El-
H’ama, K’afs’a, Tôzer, Neft’a, Biskra, Bougie et Constantine,
et pénétra enfi n jusqu’au Sah’ra. Il réduisit les
Arabes, si souvent redoutables à ses prédécesseurs, et
les obligea de payer la zekket et l’achour(1). En parlant
de Fês, l’auteur de K’ertas(2) dit qu’Abou-Farez envoya
un superbe présent à Iak’oub-el-Merini, qui était dans
cette ville lorsqu’il le reçut, et que la même année il en
reçut lui-même un non moins magnifi que que lui envoya
En-Nâc’er-ben-K’elaoun(3), comme témoignage
d’estime et d’affection. Ce prince augmenta l’éclat de
la fête du Mouloud. Que Dieu lui fasse miséricorde !
Il était digne de porter le beau titre d’êmir-el-moumenin,
bien plus digne que ceux qui se sont laissé dominer
par les méchants. Ben-H’edja-el-H’amoudi nous
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1 La zekket est l’impôt religieux prescrit par le Koran Il est de
deux et demi pour cent de la valeur estimative des effets mobiliers
et des troupeaux, et de dix pour cent pour les récoltes. Aussi, dans
ce cas, l’appelle-t-on ‘achour, équivalent de notre mot dîme. On voit
que l’achour n’est qu’une forme de la zekket.
2 C’est une histoire de Fês, écrite par Abou-Zohra.
3 Sultan d’Égypte de la dynastie des mamelouks baharites.
258 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
apprend, dans son ouvrage intitulé K’ahoua-el-Encha,
qu’il composa en l’honneur de ce prince plusieurs
morceaux de poésie, et qu’il fut dignement
récompensé.
Ben-ech-Chemma raconte qu’il prit Tlemsên et
s’avança jusqu’auprès de Fês(1). Le cheikh Er-Rechea dit
l’avoir vu dans la première de ces deux villes en 840. Il
ajoute que le k’âd’i et le mufti de son armée s’appelaient,
l’un Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-ech-Chemma, et
l’autre Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-el-H’acen. Ce
fut le premier qui lut, dans une des mosquées de Tlemsên,
l’acte de soumission adressé au khalife par les habitants
de cette ville, au milieu d’un nombreux auditoire de
savants, parmi lesquels il cite Ben-Marzouk’, Abou-el-
K’acem-el-Ok’bani, Ben-el-Imam etBen-en-Nedjâr.
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1 Voici, sur la guerre qu’Abou-Farez porta dans le Mor’reb,
quelques détails indispensables qu’El-K’airouâni ne donne point :
Moh’ammed, frère d’Abd-el-Ouah’ed, roi de Tlemsên, voulant s’emparer
du trône, parvint à mettre dans ses intérêts Abou-Farez, qui
lui fournit des troupes pour exécuter son projet. Le roi de Tlemsên,
vaincu, prit la fuite, et, par une étrange résolution, il alla demander
asile à celui de Tunis, dont les troupes venaient de le renverser du
trône. Ce monarque, touché de cette marque de confi ance, l’accueillit
avec cordialité, et fi nit par concevoir pour lui tant d’affection, qu’il
alla le rétablir, à main armée, dans ses états, et en chasser celui qui les
avait usurpés avec son aide. Abou-Farez étant retourné à Tunis après
cette expédition, Moh’ammed, qui s’était retiré dans les montagnes,
s’empara de nouveau de Tlemsên, et fi t périr son frère. Furieux à
cette nouvelle, Abou-Farez marcha une seconde fois vers le Mor’reb,
se rendit maître de la personne du fratricide et le fi t mettre à mort. Il
plaça sur le trône de Tlemsên un fi ls de celui qu’il venait de venger.
LIVRE SIXIÈME 259
J’ai lu dans l’ouvrage de Barak’at-ech-Cherif(1),
qu’Abou-Farez, sur les plaintes que lui adressèrent,
contre leur souverain Ah’med-el-Merini, les habitants
de Fês, marcha contre ce prince, dont la soeur
alla au-devant de lui, et désarma sa colère par un discours
qui fi nissait ainsi :
Prince, tu es mortel, nous le sommes aussi, et tu comparaîtras
un jour avec nous devant Dieu.
Abou-Farez voulut bien ne pas passer outre ; mais il
recommanda à El-Merini de traiter à l’avenir ses sujets
avec plus de douceur.
En 835, selon Ben-ech-Chemma, les chrétiens fi -
rent une descente dans l’île de Djerba. Le khalife, qui
se trouvait alors au Belad-el-Djerîd, se porta aussitôt
de leur côté ; mais ils se retirèrent à son approche(2).
On doit compter au nombre des bonnes oeuvres
d’Abou-Farez la destination qu’il donna à El-K’obala
en dehors de la porte dite Bâb-el-Bah’ar, où il fi t
une chapelle consacrée à la prière et à l’étude. Selon
l’interprète dont j’ai déjà parlé, c’était auparavant
une taverne où se réunissaient les débauchés, et qui
rapportait dix mille dinars à l’état.
Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed, fi ls d’Abou-Farez,
devait lui succéder. C’était un prince renommé par sa
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1 Il est encore question de cet auteur un peu plus loin au sujet de
l’expédition de Charles-Quint à Alger, expédition dont il a écrit le récit.
2 Cette expédition fut commandée par Alphonse, roi d’Aragon, en
personne. Les historiens espagnols disent qu’Abou-Farez fut battu ; mais ce
qu’il y a de certain, c’est que les Aragonais ne restèrent pas maîtres de l’île.
260 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
douceur, sa bonté et sa piété. Ce fut lui qui fi t bâtir la
chapelle de Sedjoun. Il fi t aussi élever une mosquée
khettâba. Il fi t construire également un bâtiment pour
les t’olba ; tous les savants, soit qu’ils fussent de passage,
soit qu’ils habitassent la ville, pouvaient y lire,
dormir et manger. Ce prince mourut en 833, et fut enterré
dans la maison du cheikh Sidi-Mah’rez. S’il eût
vécu, il aurait été le plus grand khalife de sa dynastie
après son père.
Abou-Farez mourut de maladie en 837. Lorsqu’il
sentit approcher sa fi n, il fi t les ablutions et s’habilla;
il mourut peu après. Il fut enseveli dans le même tombeau
que son fi ls. Il régna quarante et un ans, quatre
mois et sept jours. Je me suis un peu étendu sur ce
qu’il a fait, parce qu’il a été le meilleur et le plus
glorieux roi des Beni-H’afez, dont l’histoire aurait
été incomplète sans les détails où je suis entré. Dieu
le récompense de ses bonnes oeuvres, et l’élève dans
l’autre monde comme il l’a élevé dans celui-ci !

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