Tuesday, 7 July 2009

EL-MANS’OUR-BEN-BALKIN-BEN-ZIRI-BENMENÂD

EL-MANS’OUR-BEN-BALKIN-BEN-ZIRI-BENMENÂD.
El-Mans’our était à Achir lorsqu’arriva la nouvelle
de la mort de son père. Il fut aussitôt reconnu
par les troupes, les citadins et les gens du dehors. Ce
fut un prince sage, n’aimant pas le sang et disposé à
traiter tout le monde avec douceur; aussi fut-il trèsaimé.
Il fi t régner la tranquillité dans ses états et s’attira
les coeurs par ses libéralités et ses manières affables.
Les principaux fonctionnaires vinrent lui offrir
des présents ; il les reçut avec bonté et les combla de
richesses. Les k’âd’i, les émin et les notables de K’aïrouân
se rendirent à Achir pour le saluer et lui faire
leurs compliments de condoléances sur la mort de son
père. Ils le trouvèrent sur une colline en dehors de la
ville. Ce fut là qu’ils lui baisèrent la main et lui offrirent
leurs voeux. Il les accueillit avec bienveillance et
distinction. Le lendemain du jour de leur arrivée, il les
reçut au milieu de ses troupes, entouré de tout l’éclat
du pouvoir suprême. Il leur dit : « Quelque agréables
que me soient vos voeux, je regrette cependant que
vous vous soyez mis en voyage dans la mauvaise saison.
» Il leur fi t ensuite distribuer 10,000 dinars. Le
cinquième jour, il les fi t venir de nouveau en sa présence
et leur dit, entre autres choses : « Mon aïeul et
mon père agissaient avec violence envers leurs sujets ;
je ne veux, quant à moi, employer que la douceur,
car c’est à Dieu seul que je dois ma puissance(1). »
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1 Il voulait dire par là qu’un pouvoir bien assis et consacré par le
132 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
Il leur ordonna ensuite de retourner dans leur pays.
Il confi rma ’Abd-Allah-el-Khâteb dans le poste de
gouverneur de l’Afrique qu’il occupait du vivant de
son père.
En 374, El-Mans’our se rendit à Rekkâda. Tous
les gens de K’aïrouân allèrent l’y voir; il les reçut bien
et leur promit ses bonnes grâces. Les fonctionnaires
lui fi rent des présents ; celui de k’aïd de K’aïrouân
fut magnifi que. El-Mans’our, de son côté, en fi t un de
1,000,000 de dinars au khalife Nezar.
Il fi t bâtir un oratoire à Rekkâda, où il passa le
ramad’ân. Le jour de la fête, il se rendit à la prière,
magnifi quement habillé. La selle de son cheval était
couverte de perles et de diamants. Vers la fi n de
zilh’adja, il retourna dans le Mor’reb. Il fut accompagné
par ’Abd-Allah-el-Khâteb, qui se fi t remplacer,
dans son gouvernement de l’Afrique, par son fi ls
Ioucef. Dans la même année 374, El-Mans’our eut un
fi ls, qu’il nomma Badis-Abou-Menâd. C’était le 11
de rebi’-el-oouel. Vers le même temps, il envoya son
frère avec des troupes sur Fês et Sedjelmâça, dont
Ziri-ben-’Atîa-ez-Zenâti s’était emparé. Les deux armées
se rencontrèrent; celle de Mans’our fut battue,
et son frère s’enfuit à Achir. Depuis, Mans’our ne fi t
plus aucune entreprise contre le pays des Zenata.
En 367, il dépensa 800,000 dinars au château de
Sabra qu’il fi t entourer d’arbres de tous côtés. Dans
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temps n’est pas aussi souvent obligé de recourir à la violence qu’un
pouvoir nouveau et contesté ; ce qui est assez généralement vrai.
LIVRE CINQUIEME. 133
le courant de cette même année, ‘Abd-Allah-el-Khâteb
et son fi ls Ioucef furent tués par El-Mans’our’,
qui donna le gouvernement de l’Afrique à Ioucef
ben-Abi-Moh’ammed, un de ses affranchis. Ce fut
aussi dans cette même année que le pays de Ketama
fut soumis et qu’on y perçut les contributions ; que
le khalife Nezar envoya un présent à El-Mans’our,
et que l’oncle de celui-ci. Abou-el-Fettar, se révolta
contre lui à Tïaret. El-Mans’our marcha à sa rencontre
et le mit en fuite. Il prit et pilla Tïaret, mais il laissa la
vie aux habitants. Après cela, il retourna à Achir.
Ce fut encore en 376 que mourut ’Abd-Allahben-
Moh’ammed-ben-Abi-el-H’usseïn, gouverneur
de la Sicile ; il désigna son fi ls Ioucef pour lui succéder,
et le khalife Nezar confi rma ce choix. La Sicile
fut fl orissante sous l’administration de Ioucef-ben-
’Abd-Allah.
En 381, El-Mans’our-ben-Balkin alla passer le
temps de l’Aïd-el-Kebir (la grande fête) à Sabra ; il
y déploya beaucoup de magnifi cence et fi t remise à
ses sujets de tous les arriérés de contributions, qui
montaient à des sommes considérables. En rebi’-el-
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1 L’émir avait conçu des soupçons sur leur fi délité, et, dans une
partie de chasse, il les tua tous deux de sa propre main ; il commença
par Ioucef, qu’il renversa d’un coup de javelot, et au moment où le
fi ls se penchait sur le corps de son père, il l’étendit sur lui d’un second
coup. Ce fait, raconté, par plusieurs historiens, dément étrangement
ce que dit K’aïrouâni de la douceur d’El-Mans’our. On raconte que,
dans une autre circonstance, ce prince éventra un rebelle fait prisonnier,
et que, dans un accès de rage, il lui dévora le coeur.
134 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
oouel, il fi t circoncire son fi ls. Tous les gouverneurs
de provinces lui envoyèrent, à cette occasion, des présents
proportionnés à l’importance de leurs charges ;
Ben-Khetâb, qui commandait à Zouîla, lui envoya
une girafe et beaucoup de productions du Soudan; le
gouverneur de Tripoli lui offrit cent charges de diverses
richesses, des chevaux et de fort belles choses de
l’Orient.
Dans le courant de cette même année, le khalife
accorda à son fi ls Badis la survivance de son vaste
gouvernement, ce qui lui fi t un sensible plaisir. El-
Mans’our destitua, à la même époque, le commandant
d’El-Arbes qu’il remplaça par Kaïssar, un de
ses affranchis. Celui-ci trouva six cent mille kafi s de
grains dans les magasins de son prédécesseur.
En 383, son fi ls Badis fi t son premier voyage ; il
alla à Achir avec sa tante Djelan. Son père, tous les
grands et toute la population de K’aïrouân allèrent audevant
de lui. Il arriva en même temps un éléphant et
d’autres raretés envoyées par le khalife. El-Mans’our
monta à cheval et se porta à la rencontre du présent
de ce monarque. Le jour de la fête étant arrivé, Badis
se rendit à la mosquée, précédé de cet éléphant, et
avec un grand éclat. Son père évita de sortir ce jour
là(1). Tous deux restèrent en Afrique et ne retournèrent
plus dans le Mor’reb.
En 386, El-Mans’our, mourut le jeudi, 3 de rebi’-el
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1 Pour ne pas distraire de son fi ls l’attention et les hommages
du peuple.
LIVRE CINQUIÈME 135
Oouel ; il fut inhumé dans le grand château de Sabra.
Il avait régné treize ans environ. Il était clément, généreux
et expéditif dans les affaires. Son règne fut un
des meilleurs.

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