Tuesday, 7 July 2009

RÉGNE D-EL-MAN-SOUR-BILLAH.

RÉGNE D’EL-MAN’SOUR-BILLAH.
Abou-el-T’aher-Isma’ïl-ben-el-K’aïem-Bamr-
Allah-Abou-el-K’âcem-Nezar-ben-el-Moh’di commença
à régner en 334. Il tint secrète la mort de son
père jusqu’à ce qu’il eût triomphé d’Abou-Izîd, et fi t
de grandes largesses aux troupes. C’était un prince
d’une intelligence prompte, brave et éloquent. Il pouvait
discourir d’abondance sur toutes sortes de sujets.
Il se trouvait à la tête d’une forte armée, et résolut de
conduire la guerre avec activité. Il repoussa Abou-Izîd
de Souça ; après plusieurs combats, le rebelle se dirigea
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sur K’aïrouân. Mais les habitants de cette ville lui
fermèrent leurs portes, et massacrèrent même ceux
des siens qui se trouvaient chez eux. El-Mans’our atteignit
Abou-Izîd sur le territoire de K’aïrouân, et lui
livra plusieurs combats on le succès fut partagé. Enfi
n, une dernière affaire fut décisive. Abou-Izîd, vaincu,
s’enfuit dans l’Ouest. El-Mans’our l’y poursuivit,
et, après quelques événements de guerre, se rendit
maître de sa personne. Abou-Izîd mourut au bout de
quatre jours de captivité, dans le mois de moh’arrem
336. Après sa mort, El-Mans’our le fi t écorcher et fi t
remplir sa peau de coton. Il envoya partout la nouvelle
de sa victoire. Il se rendit ensuite à K’aïrouân, dont
les habitants vinrent le complimenter. Il fi t promener
dans toute la ville le corps d’Abou-Izîd ayant un
singe sur les épaules. De là, cette misérable peau fut
envoyée à Mohdïa, et pendue aux remparts de cette
place, où elle resta jusqu’à ce que les vents en eussent
dispersé les lambeaux.
El-Mans’our fonda la ville de Mans’oura, près
de K’aïrouân, en commémoration de sa victoire ;
puis il retourna à Mohdïa. Il y resta jusqu’à ce qu’il
eût effacé les traces des maux qu’elle avait soufferts ;
et ensuite il retourna à son palais de Mans’oura.
En 336, El-Mans’our nomma Isma’ïl-el-H’acenben-
Abi-ben-el-H’usseïn gouverneur de Sakalia. Il
occupa jusqu’à, sa mort, arrivée en 353, ce poste que
sa postérité occupa après lui.
En 340, le bruit ayant couru que le roi des Romains
LIVRE QUATRIÈME. 105
se disposait à attaquer la Sakalia, El-Mans’our envoya
dans cette île une fl otte formidable. Il mourut, l’année
d’après, un vendredi, fi n de chouâl, après un règne de
sept ans et dix-huit jours, à l’âge de quarante ans.
Son fi ls Abi-Bemin-Mah’ad lui succéda. Il fut
enseveli dans son palais de Sabra. Ce fut sous lui que
Ziri, chef de la famille des Beni’-Menâd, se mit au
service des Fatimites.
El-Mans’our paya de sa personne dans la guerre
qu’il eut à soutenir contre Abou-Izîd. Il fut plus d’une
fois en danger de tout perdre, et ne dut la victoire
qu’à Dieu et à son courage. Abou-Izîd s’était emparé
de toutes les villes d’Afrique, à l’exception de Mohdïa,
qui resta au pouvoir d’El-K’aïem.
La révolte d’Abou-Izîd dura trente ans, pendant
lesquels il ravagea toute l’Afrique. El-Mans’our
était supérieur à son père et à son grand-père. Abou-
Dja’farel-Mersouardi raconte que le jour de la défaite
d’AbouIzîd, il se trouvait à la suite de l’êmir, qui laissa
tomber une branche de géranium qu’il tenait à la main.
AbouDja’far la ramassa, et, en la lui présentant, voulant
faire allusion aux événements du jour, il lui dit :
«Étant parvenu au comble de ses désirs, elle jeta
son bâton et fut joyeuse, comme le voyageur qui rentre
chez lui.»
El-Mans’our lui répliqua. «Vous auriez pu faire
une citation plus opportune, et dire : « Moïse jeta son
bâton, et les prestiges des magiciens cessèrent. »
« Vous êtes descendant de la fi lle du prophète ré106
HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
pondit Abou-Dja’far; j’ai dit ce que je savais, et vous
avez dit ce que vous savez. »
La maladie dont mourut El-Mans’our était produite
par l’insomnie. Il ne voulut pas suivre les prescriptions
du médecin juif Ish’ak’-ben-Selîmân, qui
le soignait et qui lui avait défendu l’usage des bains.
Son mal empira.
Un second médecin qui fut appelé ne put lui
procurer le sommeil, et il mourut. Que Dieu lui fasse
miséricorde !

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