GOUVERNEMENT DE K’ARA-KOUS.
El-H’adj-Moustafa-K’ara-Kous s’assit à la porte
de la k’as’ba après la mort de El-H’adj-Moustafa-
Faz. Il. n’attendit pas les suffrages de la milice, et
s’empara violemment du pouvoir. Comme c’était un
homme résolu et dont l’aspect seul inspirait l’effroi,
personne n’osa lui faire opposition.
Son premier soin fuit de purger le pays des malfaiteurs.
Il était inexorable pour les personnes accusées
de vol. En général, il examinait très-peu leur cause
et ne savait dire que ce seul mot, la corde. Aussi tous
les gens suspects qui ne furent pas pendus quittèrent
la ville et n’y revinrent qu’après sa mort. Jaloux du
pouvoir, et d’un caractère diffi cile, il annihila toutes
les autorités. Le divan ne fut rien sous lui ; la justice
même fut entravée dans la régularité de sa marche. Il
destitua le mufti Moustafa-ben-’Abd-el-Kerim ; mais
il le remplaça par Abou-el-Moh’acen-Ioucef, dit Dragut,
dont la nomination fut un véritable bienfait, car
ce magistrat sut toujours allier la fermeté, la douceur
et. la justice. Il mourut chahed, ainsi que je le dirai
plus loin.
Sous l’administration de K’ara-Kous, fut célébré
le mariage de Moh’ammed-Bey avec la fi lle
d’Ah’med-Djalab. Le pacha y assista, selon son
usage.
K’ara-Kous ne se départit pas un seul instant de
sa sévérité. Il répandit le sang à fl ots ; on le craignit de
362 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
loin comme de près. La sécurité régna partout, mais
toutes les relations furent interrompues(1). Son administration
ne fut pas longue : Dieu lui suscita deux
ennemis, Ah’med-Senabli et H’adj-H’acen. Il était
vieux et malade. Ces deux hommes lui administrèrent
un amalgame de toutes sortes de drogues, et même du
poison, pour en fi nir plus tôt. Mais cela n’eut d’autre
effet que d’empirer son état et de lui aigrir encore
plus le caractère, en sorte qu’il voyait du mal partout.
Dans une soirée du ramad’ân, il fi t pendre l’interprète
El-H’adj-et-Flari et cinq autres personnes, sans qu’il
se fût élevé la moindre accusation. Sur ces entrefaites
mourut Moh’ammed-Pacha, ce qui relâcha un peu les
liens de la discipline. Alors les grands, déjà fatigués
des caprices sanguinaires de K’ara-Kous, se soulevèrent
contre lui et le forcèrent d’abdiquer. C’était
vers le milieu de zil-k’ada de l’année 1077, On le fi t
sortir de la k’as’ba, et on le conduisit dans sa maison.
Il survécut peu à son abdication, car il mourut dans
les dix premiers jours de zil-h’adja de la même année.
Les grands s’étaient appuyés, dans cette affaire,
d’une lettre du vizir. Il eut pour successeur El-H’adj-
Moh’ammed-Djadjagli. Le jour de son abdication,
El-H’adj-H’acen et Ah’med-es-Senabli furent exilés.
Ils n’eurent pas ce qu’ils désiraient. Dieu a le secret
des événements.
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1 Cette manière de faire régner l’ordre n’a été que trop souvent
celle des Turcs.
Tuesday, 7 July 2009
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