GOUVERNEMENT D’IAK’OUB.
L’êmir-el-moumenin Iak’oub-el-Mans’our-Billah,
fi ls de l’émir-el-moumenin Ioucef-ben-’Abd-et-Mou-
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1 Nous croyons qu’il faut lire Santarin; car, d’après tous les
autres historiens, ce fut au siège de cette place qu’Ioucef fut tué.
200 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
men-ben-’Ali, fut le meilleur prince de la dynastie des
Mouah’eddin. C’était un homme pieux, qui protégeait
les savants de leur vivant, et qui, après leur mort, honorait
leurs funérailles de sa présence. Il avait beaucoup
de foi dans les santons, était fort instruit, et très
zélé pour la guerre sainte. Il fi t régner un si bon ordre
dans ses états, que la moindre caravane pouvait se
rendre de Bark’a aux extrémités de l’Occident, sans
éprouver le moindre accident sur sa route. Il fi t bâtir
des mesdjed dans toutes les villes de sa domination, et
des hôpitaux auxquels il affecta des rentes.
K’assa s’étant révoltée de nouveau, il s’y porta
en 583, et la réduisit. Il combattit les Arabes d’Afrique,
les dispersa, s’empara de leurs biens qu’il vendit
et dont il transporta le produit à Maroc, sa capitale,
où il retourna après cette expédition.
En 585, il passa en Andalousie, et se porta vers
Santarin et Chebouna. Il fi t beaucoup de mal à l’ennemi
dans ces contrées, d’où il ramena treize mille
captifs, femmes ou enfants. Il retourna ensuite dans
le Mor’reb, et descendit à Fês. Il était dans cette ville
lorsqu’il apprit qu’El-Miorki avait levé l’étendard de
la révolte en Afrique. Il marcha aussitôt contre lui,
et arriva à Tunis; mais il trouva le pays parfaitement
tranquille. El-Miorki s’était enfui dans le désert, en
apprenant qu’il approchait.
Ben-ech-Chemma parle d’El-Miorki, mais il ne
complète pas son histoire. Je vais la faire pour le bien
de la chose.
LIVRE SIXIÈME. 201
Miorka, Minorka et Jabea sont trois îles(1) de la
Méditerranée ; elles étaient gouvernées par le père
d’El-Miorki(2), qui mourut en 586. Il laissa plusieurs
enfants, savoir : Iah’ia, ‘Ali, qui est celui dont il est
question plus haut et qui passa en Afrique où il fut.
cause des plus grands désordres; Moh’ammed, qui
servit les Mouah’eddin, et ‘Abd-Allah, qui fut gouverneur
de Miorka, et se révolta contre En-Nâc’er-ben-el-
Mans’our. Cet émir marcha contre lui en 602, et l’assiégea
dans Miorka. Il périt dans cette guerre. Sa tête
fut portée à Maroc, et son corps pendu aux murs de la
ville, dont l’émir s’empara. Miorka resta au pouvoir
des musulmans jusqu’en 627. Les ennemis de la, religion
s’en rendirent alors les maîtres, ainsi que d’autres
points. Que Dieu la rende un jour aux musulmans.
’Ali-ben-Ish’ak-el-Miorki fi t beaucoup de mal
en Afrique pendant que lak’oub-el-Mans’our était occupé
en Andalousie. Ce prince marcha contre lui; mais
‘Ali prit la fuite à son approche. Il reparut ensuite en
Afrique, lorsqu’il sut que l’émir était retourné dans
l’Ouest. Il s’empara alors de Mohdia et de Tunis. Ses
troupes s’établirent à Tunis. Il frappa cette ville d’une
contribution de 100,000 dinars, et commit une foule
d’exactions, jusqu’à ce qu’En-Nâc’er-ben-el-Mans’our
marcha contre lui. Je parlerai plus loin de cette guerre,
lorsque je serai arrivé au règne d’En-Nâc’er.
’Ali-el-Miorki était un homme de courage et d’un
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1 Les îles Baléares.
2 Il s’appelait Khania.
202 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
esprit entreprenant. Il mourut en 633, du temps des
Beni-H’afez. Ben-ech-Chemma n’en a pas dit assez
sur son compte.
Lorsqu’El-Miorki se fut enfui dans le désert,
Iak’oub-el-Mans’our retourna vers l’Ouest après
avoir rétabli l’ordre en Afrique. Il tomba malade à
Tlemsên, et se fi t de là transporter à Fês, où il resta
jusqu’à sa guérison. Il alla ensuite à Maroc, et il y
resta jusqu’en 591. Vers cette époque, il apprit qu’El-
Fench causait de grands maux aux musulmans de
l’Espagne, et que personne n’était en état de lui résister.
L’émir fi t en conséquence ses dispositions pour
passer en Espagne, choisissant parmi ses troupes ce
qu’il avait de meilleurs soldats. Ces troupes se composaient
des Mouah’eddin, des ’Azaz, des Mertazaka
et Metoua. Sur ces entrefaites, il reçut du chef des
chrétiens une lettre ainsi conçue :
Le roi des chrétiens à l’émir des H’anafi a.
Si tu n’es plus en état de marcher contre nous, si te mettre
en campagne te paraît chose trop fatigante, envoie-moi
des bâtiments et j’irai te trouver avec mon armée. En cas que
je sois vaincu, eh bien ! ce sera une proie qui sera venue s’offrir
à toi, et tu seras alors véritablement émir-el-moumenin.
Si, au contraire, je suis vainqueur, je serai le souverain des
peuples. Salut.
L’émir fut vivement choqué de cette lettre ; il la
passa à son fi ls qui devait hériter du trône. Celui-ci en
prit connaissance, et il écrivit au dos :
Lettre, retourne vers eux ; bientôt j’irai les trouver
LIVRE SIXIÈME. 203
moi-même. Je les chasserai de leurs terres, je plongerai dans
un abîme de maux ces hommes qui, à mes yeux, valent si
peu.
Iak’oub fut satisfait de cette réponse. Il entra en
Andalousie en 591, fut victorieux, et massacra tant
de chrétiens, qu’on ne saurait en déterminer le nombre.
El-Fench (que Dieu le maudisse !) avait, dit-on,
réuni trois cent mille hommes, tant de cavalerie que
d’infanterie. Ils furent mis en fuite, et les musulmans
vainqueurs entrèrent à H’acen-el-Arak’, dont cette
bataille porta le nom(1). On fi t sur les chrétiens vingtquatre
mille prisonniers. Mais l’émir en eut pitié et
leur rendit la liberté. Quant aux musulmans qui succombèrent
dans cette bataille, on peut dire qu’une
fi n aussi glorieuse fut la récompense de leurs bonnes
oeuvres et l’effet d’une heureuse prédestination. Le
cheikh Abou-Iah’ia-ben-Abou-H’afez, un des ancêtres
des Beni-H’afez, y trouva la mort. C’était le plus
grand k’aïd et le plus intrépide guerrier de l’émir,
dont il avait épousé la soeur.
La bataille eut lieu le 9 cha’ban 591. Ce fut la plus
importante que livrèrent les Mouah’eddin. Le butin fut
partagé entre les troupes. L’émir fi t publier partout sa
victoire. Il resta à Achbilia(2) jusqu’en 592. Il fi t alors
une seconde expédition qui le rendit maître du fort de
Riah’, d’Ouad-el-H’adjra(3), et de beaucoup d’autres
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1 Les chrétiens l’appelaient bataille d’Alarcor ; elle fut livrée le
14 août 1195.
2 Séville.
3 Guadalaxara.
204 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
petites places. Il mit aussi le siége devant Talitla(1),
dressa ses machines, brûla les jardins de la ville, mais
ne put la prendre. Il se porta ensuite à T’emnaka, qu’il
emporta de vive force et dont les habitants furent passés
au fi l de l’épée. Après cela, il retourna à Maroc,
fi t proclamer émir son fi ls Moh’ammed, surnommé
En Nâc’er, à qui il remit le khalifat, et, lorsqu’il le vit
bien assis sur le trône, il rentra volontairement dans
la vie privée ; mais il fut bientôt atteint d’une maladie
qui le conduisit au tombeau. Il mourut dans la
k’as’ba de Maroc, le 22 de rebi’-el-oouel de l’année
595. Quelques personnes prétendent que cet émir,
renonçant entièrement au monde et à toutes ses pompes,
s’était retiré en Orient, et que ce fut là qu’il mourut.
Les Orientaux ajoutent foi à cette version. Dieu
sait ce qui en est. Ce prince fut le meilleur de sa race,
personne ne peut lui être comparé ; sa vue seule inspirait
le respect. Il était sage, pieux et excellent administrateur.
On dit qu’un jour un des siens, qu’il avait
chargé de lui trouver un précepteur pour ses enfants,
lui envoya deux hommes, avec ces mots : « Je vous
envoie deux hommes, l’un est une mer de science, et
l’autre une terre de religion. » L’émir écrivit au dos
de la lettre, qu’il renvoya : « Mais le mal aujourd’hui
se trouve sur la mer et sur la terre. »
Que Dieu lui lasse miséricorde ! L’éternité appartient
à Dieu; il n’y a de Dieu que lui,
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1 Tolède.
Tuesday, 7 July 2009
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