Tuesday, 7 July 2009

EL-H’ACEN-BEN-’ALI-BEN-IAH’IA-BENTEMIN-BEN-EL-MOEZ-BEN-BADIS.

EL-H’ACEN-BEN-’ALI-BEN-IAH’IA-BENTEMIN-
BEN-EL-MOEZ-BEN-BADIS.
Sous ce prince, la guerre éclata; Radjaï rassembla
des troupes de tous les pays et envoya une fl otte
formidable contre Mohdïa. El-H’acen se prépara à le
bien recevoir ; il réunit cent mille fantassins et dix
mille cavaliers. Un parti de chrétiens, qui avait débarqué
et qui s’était retranché à K’s’ar-ed-Dimâs, fut
enlevé. La fl otte chrétienne, composée de trois cents
voiles, fut assaillie par la tempête. Il ne s’en sauva
que cent navires qui retournèrent en Sicile.
Après le départ des chrétiens, l’émir de Bougie
voulut s’emparer de Mohdïa. Il avait entendu dire
qu’El-H’acen avait traité avec Radjaï, ce qui était
vrai ; il lui avait même donné de l’argent et en avait
passé par les conditions que celui-ci avait voulu lui
imposer. Les gens de Mohdïa avaient écrit à Iah’iaben-
el-’Aziz-el-H’ammâdi, émir de Bougie, pour
l’entraîner à marcher sur leur ville, qu’ils s’engageaient
à lui livrer. Il les crut et envoya des troupes
par terre et des bâtiments par mer. Ces forces étaient
commandées par El-Faki-Mot’ref. Ce général assiégea
la ville par terre et par mer ; mais, comptant toujours
sur les promesses des habitants, il ne poussa pas
très-vigoureusement le siège, qui traîna en longueur.
Le roi de Sicile, ayant su ce qui se passait, envoya
154 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
une fl otte au secours d’El-H’acen, avec injonction à
son amiral d’obéir aux ordres de cet émir. A l’arrivée
de ce puissant secours, les Bougiotes virent bien qu’il
leur serait impossible de prendre la ville. L’amiral
chrétien voulait les exterminer, mais El-H’acen, à qui
il répugnait de répandre le sang musulman, s’y opposa.
En conséquence, ils purent opérer leur retraite, et ils
retournèrent dans leur pays, après avoir tenu Mohdïa
assiégée pendant soixante et dix à soixante et quinze
jours; c’était en 529. La fl otte chrétienne retourna
ensuite en Sicile. El-H’acen écrivit à Radjaï pour le
remercier et lui dire que, de son côté, il était tout à
ses ordres. L’union la plus parfaite parut donc régner
entre ces deux princes ; mais, dans la même année,
l’ennemi de Dieu, Radjaï envoya sa fl otte à Djerba.
Elle était montée par des chrétiens et des musulmans
de la Sicile, ainsi que par des Français, en nombre
considérable. Ces troupes s’emparèrent de l’île, massacrèrent
les hommes et réduisirent en servitude les
femmes, qui furent vendues en Sicile. Cependant
bien des musulmans qui s’étaient sauvés obtinrent
l’aman de Radjaï et retournèrent à Djerba, en reconnaissant
son autorité. Il fut ainsi maître de cette île et
y nomma un gouverneur. El-H’acen, craignant pour
lui-même, mit tout en usage pour détourner l’orage
qui le menaçait ; il en vint à bout pendant quelque
temps ; mais, en 536, la guerre éclata au sujet de quelque
argent qu’El-H’acen avait emprunté des chrétiens
et qu’il ne put rendre à l’échéance. La fl otte du
LIVRE CINQUIÈME. 155
roi de Sicile parut devant Mohdia. En vain El-H’acen
employa, pour apaiser son ennemi, les présents et les
soumissions ; en vain il lui fi t remettre tous les esclaves
chrétiens qui se trouvaient dans ses états, il ne put obtenir
la paix qu’en se reconnaissant pour son vassal.
En 537, le maudit fi t sur Tripoli une entreprise
qui échoua ; mais, dans la même année, il prit et saccagea
Djidjeli, qui appartenait aux émirs de Bougie,
les Beni-H’ammad; il prit aussi l’île de K’erk’na(1). En
541, il envoya deux cents voiles à Tripoli et s’en empara.
Il y eut du sang répandu ; mais, après la victoire,
Radjaï fi t du bien aux musulmans qui se soumirent à
son autorité. La prise de Tripoli répandit l’effroi dans
toute l’Afrique. Le k’aïd de K’âbes lui fi t sa soumission,
se reconnut son vassal et en reçut les insignes
d’honneur en usage chez les chrétiens. Il leva pour lui
les contributions. Dieu nous préserve des maux que la
pusillanimité attire ! Comment pourrait-on considérer
comme musulmane cette génération avilie ? Elle appartient
plutôt aux démons. L’amour du monde et de
ses richesses les conduisit à cette infamie; l’amour du
monde rend aveugle et sourd. Dans cette même armée
537, il y eut en Afrique une disette telle que beaucoup
de gens passèrent en Sicile.
En 542, Ma’ammer-ben-Rachid et Mot’ref-ben-
Ziad obtinrent d’El-H’acen des troupes pour marcher
contre Ioucef, k’aïd de K’âbes. La ville fut prise et ce
chef fut tué. Son frère ‘Aïça s’enfuit en Sicile. Lorsqu’il
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1 Entre Mohdïa et Djerba.
156 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
eut raconté à Badjaï ce qui s’était passé, ce prince,
furieux, envoya une expédition formidable contre
Mohdïa. Elle y arriva tellement à l’improviste que
l’on ne put se mettre en défense. La population s’enfuit,
ainsi qu’El-H’acen, qui, laissant derrière lui ses
richesses et même quelques-uns de ses parents, se
retira à Ma’alk’a près de Tunis, où Mot’ref-ben-Ziad
lui donna l’hospitalité.
Cependant le général chrétien ayant fait publier
un aman général à Mohdïa, les habitants de cette ville
rentrèrent dans leurs domiciles et y furent bien traités.
Le vainqueur s’empara des richesses d’El-H’acen. Il
eut beaucoup d’égards pour les parents, les femmes
et les enfants de ce prince qui étaient restés à Mohdïa,
et il les envoya en Sicile.
L’ennemi de Dieu mit garnison à Mohdïa et à
Zouîla. Il organisa du reste parfaitement l’administration
de ces deux villes. Il y fi t rendre la justice par
des k’âd’i agréables au peuple ; il avança même des
fonds aux négociants pour ranimer le commerce. Il
envoya ensuite deux corps de troupes, l’un à Souça et
l’autre à Sfax. La première de ces deux villes se rendit
sans combat ; la seconde fut enlevée de vive force.
Du reste, après la victoire, les musulmans furent traités
avec douceur. Le roi chrétien garda ces deux villes
et y mit des gouverneurs. Plusieurs tribus d’Arabes et
des chefs importants se soumirent à lui. Il prélevait
les contributions, mais en employant plus la persuasion
que la force. Il savait captiver les peuples par une
LIVRE CINQUIÈME. l57
administration sage et conciliante(1). Il échoua devant
la forteresse de Kebilia, qui était bien pourvue
de troupes ; mais la plus grande partie du pays
resta entre les mains des chrétiens jusqu’au temps de
l’êmir-el-moumenin ‘Abd-el-Moumen-ben-’Ali, qui
les dépouilla de leurs conquêtes en 555 et rétablit El-
H’acen, comme je le dirai plus tard.
L’êmir El-H’acen fut le dernier prince des Beni-
Menâd-Senhadja. Le premier avait été Ioucef-ben-
Ziri, qui eut le commandement en Afrique lorsque
Moez passa en Égypte. Avant lui, les Beni-Menâd ne
commandaient pas dans cette contrée. On compte huit
princes des Beni-Menâd qui commandèrent en Afrique.
Le règne du dernier de ces princes n’eut pas autant
d’éclat que celui des autres. Ses ancêtres avaient commandé
depuis Barka jusqu’à Tlemsên. Après la mort
d’El-Mans’our-ben-Balkin, le pays fut divisé entre
les princes de cette famille. H’ammad-ben-Balkin se
révolta contre son neveu Badis. Il s’empara d’une partie
du pays, et fi t de Bougie sa capitale. Les Beni-Ziri
avaient eu d’abord pour capitale Mans’oura ; puis,
au temps d’El-Moez, lorsque les Arabes d’Égypte
passèrent en Afrique, ils s’établirent à Mohdïa. Le
lieu de leur sépulture était à K’s’ar-es-Sa’ïda, dans le
canton de Monestir. C’étaient des princes puissants,
qui avaient sous leurs ordres des armées nombreuses;
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1 Tout ce que dit notre auteur des actes de Roger est à l’avantage
de ce prince, dont il n’écrit presque jamais le nom sans y joindre une
injure ou une imprécation, ainsi que le lecteur aura pu le remarquer.
158 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
ils étaient considérés comme sultans. Les Beni-H’afez
ne peuvent leur être comparés. Cependant on parle
plus de ceux-ci, parce qu’ils eurent le titre d’êmir-elmoumenin
que les Beni-Ziri ne portèrent pas, quoiqu’ils
fussent grands et habiles. Le dernier, El-H’acen,
ne manquait pas de bonnes qualités; il avait des connaissances
littéraires et administratives, savait lutter
contre la mauvaise fortune ; mais il ne put empêcher
la chute de sa dynastie, dont l’heure était venue. C’est
ainsi que va le monde ; le bonheur dont on jouit est
un bonheur éphémère ; Dieu l’a voulu ainsi. Chacun
obtient son tour dans ce monde qui tourne. Personne
ne peut demander compte à Dieu de ce qu’il fait; mais
les hommes sont responsables de leurs actes.
H’acen, fi ls d’Ali, fut tué en 61. Les Beni-Fat’
ma ne parvinrent au pouvoir en Afrique qu’au temps
des Beni-’Obeïd. Ils furent alors khalifes. Ils bâtirent
Mohdïa. Il y a entre l’assassinat d’H’acen, fi ls d’Ali,
et le commencement du règne de ses descendants
deux cent quarante-deux ans. Ils régnèrent à peu près
autant ; car on peut compter leur chute de la prise de
Mohdïa. Il est vrai qu’El-Adid ne mourut en Égypte
qu’en 567. Mais El-Mohdi n’a pas voulu parler de la
durée absolue du règne de sa dynastie. Ce qu’il dit
ne se rapporte qu’à l’Afrique. Du reste, les quelques
années de différence, n’ayant été que des temps de
troubles, ne peuvent compter.
Lorsque Moez-Liddin-Allah se disposait à partir
pour l’Afrique, il dit à Balkin : « O Ioucef, apprends que
LIVRE CINQUIÈME. 159
Mohdïa sera la capitale de ton gouvernement sous les
princes qui viendront après toi. Tes terres touchent
aux miennes. Lorsque le chef de Mohdïa tombera,
ma dynastie tombera aussi. »
Le gouvernement de Mohdïa tomba à la mort
d’Ali, père d’El-H’acen ; car il est des personnes qui ne
comptent pas El-H’acen au nombre des sultans, parce
qu’il fut chassé du trône ; non plus qu’elles ne comptent
au nombre des khalifes ceux qui viennent après
El-Omar-bi-Ah’kam-Allah, parce que celui-ci fut le
dixième et dernier khalife en ligne directe. Après lui,
des collatéraux furent appelés. Les personnes qui font
ce raisonnement disent qu’il y eut aussi dix khalifes
Beni-’Obeïd, de père en fi ls, et dix émirs de Senhadja,
également de père en fi ls. Le premier de ceux-ci
fut Menâd, et le dernier El-H’acen. Si maintenant on
déduit des khalifes les trois qui n’ont régné que dans
le Mor’reb, et qu’on parle d’El-Moez qui s’établit en
Égypte, on trouvera sept khalifes de père en fi ls, et sept
émirs Senhadja. Le premier de ceux-ci fut Balkin, qui
fut nommé par El-Moez, et qui régna sur l’Afrique
pendant qu’El-Moez régnait sur l’Égypte. Il y eut donc
sept khalifes et sept émirs, dont le règne fut glorieux.
Voilà de ces combinaisons que Dieu seul peut établir,
et qui prouvent en faveur de la légitimité des Beni-
’Obeïd, à qui quelques personnes contestent leur descendance
du prophète. Dieu, sans aucun doute, demandera
compte à ces derniers de leurs méchants propos.
J’ai lu beaucoup de livres d’histoire qui donnent aux
160 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
Beni-’Obeïd les plus excellentes qualités. Quelquesuns
prétendent cependant qu’ils n’étaient pas même
musulmans, parce qu’ils étaient Chiites, et qu’ils
affectaient de ne tenir nul compte des compagnons
du prophète, conduite indigne des descendants
de Fat’ma. Il n’y a de force et de puissance qu’en
Dieu.
Ici fi nit l’histoire des Senhadja. Je vais passer à
celle des Beni-H’afez.

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