Tuesday, 7 July 2009

EPILOGUE QUATRIÈME PARTIE.

QUATRIÈME PARTIE.

Voici les cérémonies qui se font lorsqu’on termine
la lecture d’El-Boukhari(1).
Le jour et le lieu étant désignés, on se rend à
l’assemblée. Le cheikh se revêt de ses meilleurs habits
; la mosquée désignée est illuminée de lampes et
de bougies, et exhale l’odeur des parfums.
Mon père a composé un ouvrage sur ce qu’observent
les musulmans d’Afrique à la clôture d’El-
Boukhari. Il l’a intitulé ; Explication claire de la saine
doctrine. Il explique, d’après les docteurs, quelles sont
les qualités que doivent avoir ceux qui commentent
les écritures, et quel doit être l’ordre des séances. Il dit
ensuite que les docteurs sont d’avis qu’avant de passer
aux commentaires on doit lire les passages du K’oran
auxquels ils se rapportent. C’est, en effet, la méthode
adoptée chez les peuples d’Afrique. Lorsqu’on arrive
à la fi n de la lecture d’El-Boukhari, on lit, avant les
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1 Abou-’Abd-Allah-Moh’ammed-ben-Isma’ïl-el-Boukhari, le
plus célèbre des théologiens musulmans, vivait dans le IIIe siècle de
l’hégire. Son grand ouvrage sur les traditions, intitulé Réunion des
vérités, est presque aussi vénéré que le K’oran. Abou-’Abd-Allah-
Moh’annned-er-Rachid, écrivain du VIIe siècle de l’hégire, a écrit la
vie d’El-Bokhari, le théologien, qu’il ne faut pas confondre avec Allahed-
Dîn-el-Boukhari, le grammairien qui vivait dans le VIIIe siècle.
508 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
commentaires, le sourat El-Melk, jusqu’au sourat El-
H’amma, et ensuite les petits sourats.
On fait ensuite des prières sur notre seigneur
Moh’ammed ; puis le professeur fait la lecture des
maximes du prophète. Mon père a écrit qu’à K’aïrouân
on fait, à cette occasion, une grande fête, pour
laquelle on néglige toutes les occupations mondaines,
quelque importantes qu’elles puissent paraître.
Lorsque le crieur public a annoncé que, tel jour, à
telle heure, à tel endroit, on terminera la lecture d’El-
Boukhari, et que l’instant est arrivé, on ferme les boutiques,
et tout le monde, hommes, femmes, enfants,
citadins et campagnards, se rendent au lieu désigné.
Le professeur fait d’abord l’éloge de Moh’ammed.
On chante ensuite ; puis le professeur adresse des
exhortations à l’assemblée et cherche à lui inspirer la
crainte de Dieu. Souvent l’auditoire fond en larmes ;
les fi dèles se repentent de leurs fautes et invoquent
la miséricorde de Dieu. Cette première solennité est
bien faite pour ramener les pécheurs dans la bonne
voie. Après cela, le professeur parle de la miséricorde
infi nie de Dieu et fait des salutations en l’honneur de
Moh’ammed (que la prière soit sur lui !) ; enfi n on
termine El-Boukhari. Cette cérémonie dure depuis le
lever du soleil jusqu’après son coucher.
A Tunis, on’ agit différemment : on ne lit El-
Boukhari qu’après le K’oran et le Chefa du k’âd’i ‘Aïad.
Mon père, qui a rapporté les usages de chaque peuple
en cette occasion, donne l’ordre des lectures tel qu’il
ÉPILOGUE. 509
existait alors(1). De nos jours, on a beaucoup retranché
de ces détails. De son temps, n’assistait pas qui
voulait à la lecture d’El-Boukhari ; aujourd’hui y va
qui veut ; la plupart ne le font que par vanité et pour
que l’on puisse dire : « Un tel comprend les commentaires
des lois du prophète. »
Les vrais savants ne lisent que par amour pour
Dieu; la lecture dure trois mois, et ils en célèbrent
convenablement la fi n. Mais il est des musulmans qui
ne font rien de tout cela ; ils se contentent de se vêtir
proprement, pour qu’on les prenne pour des lecteurs.
Il en est qui apprennent par coeur les explications des
docteurs sur le dernier chapitre d’El-Boukhari ; mais si
quelqu’un leur fait une question en dehors de ce qu’ils
ont retenu ainsi, ils ne savent que répondre. Ceux qui
agissent ainsi ne sont conduits que par la vanité, ou par
le désir d’usurper une place parmi les oulema ; mais
ce n’est que le plus petit nombre qui se conduit ainsi ;
en général, les Tunisiens ont de l’éloignement pour les
actions honteuses et mondaines ; ils célèbrent la clôture
d’El-Boukhari avec dévotion et humilité. Lorsque
le professeur a fi ni sa lecture, il récite la prière du
tesbieh(2) ; puis il remercie Dieu, et prêche l’assemblée
dans des termes appropriés à la circonstance. Il adresse
ensuite des voeux au ciel pour les assistants, et tout
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1 Nous avons supprimé cet ordre des lectures, qui serait sans
intérêt pour les lecteurs de cette traduction.
2 Une des courtes formules qui composent la Salah’, série des
prières que doivent faire les musulmans cinq fois par jour.
510 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
le monde répète à haute voix : « Amen, amen, ô maître
des humains ! Louange à Dieu, maître du monde,
et salut sur ses envoyés ! » Après cela, on lit le fatah’
à plusieurs reprises, selon la coutume du lieu ; puis
chacun se retire, après avoir baisé la main du cheikh
et reçu sa bénédiction. Lui-même reçoit les grâces
d’en haut à cette occasion. Que Dieu donne à chacun
selon ses mérites !
Je vais terminer mon livre par les mots que le
maître du genre humain a prononcés, lui qui ne dit
pas de fausseté. Le prophète a dit : « Deux mots sont
chers à Dieu ; ils sont légers à la prononciation, mais
ils pèsent dans la balance. Louange à Dieu dans sa
gloire, louange à Dieu le très-grand ! »
O vous qui écoutez les voeux et pardonnez les
fautes, je vous supplie d’exaucer ma prière, au nom
de votre serviteur Moh’ammed, le plus noble des fi ls
d’Adam, au nom des préceptes divins lus dans cette
nuit où vous avez promis de distribuer vos grâces,
nuit de prières, d’honneurs et de miséricorde ! Je vous
demande le pardon de mes fautes ; je vous demande
votre indulgence pour cet ouvrage ; je vous demande
votre appui et votre miséricorde dans cette vie et dans
l’autre. J’ai commencé par confesser l’unité, je fi nirai
de même, ô maître du monde !
Je déclare que ce livre a été terminé dans la nuit, au
milieu du mois de ch’aban, le béni, de l’année 1092 de
l’hégire, par le pauvre de Dieu, qui confesse ses erreurs
et ses fautes, El-H’adj-Moh’ammed-ben-el-H’adjÉPILOGUE.
511
’Omar-es-Seffar-er-Raïni-el-K’aïrouâni, dans la
zaouïa de Meradïa. Que Dieu accorde sa bénédiction
à celui qui l’a bâtie !
Que le salut et la prière soient sur notre seigneur
et notre maître Moh’ammed et sur les siens ! Louange
à Dieu, maître de l’univers !

FIN DE L’HISTOIRE DE L’AFRIQUE.

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