GOUVERNEMENT D’EL-H’ADJ-’ALI-FAZ.
El-H’adj-’Ali-Faz fut proclamé dans le milieu de
zil-k’ada 1085, le mardi premier jour des hessoum(1).
On regarda cette date comme de mauvais augure. Il
avait été porté au pouvoir par une poignée d’intrigants
qui lui avaient présenté comme possibles des choses
qui ne l’étaient point. Le jour de son avènement
Moh’ammed-Bey quitta Tunis et alla rejoindre son frère
Mourad-Bey. L’armée d’hiver rentra bientôt, mais
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1 Époque de l’équinoxe du printemps.
LIVRE SEPTIÈME. 367
les beys ne rentrèrent pas et se portèrent vers Ez-
Zouarin. Pendant quelque temps il y eut des pourparlers
entre les deux partis ; mais bientôt les haines
s’envenimèrent, et la guerre éclata. Les partisans de
Faz, encouragés par l’éloignement de Mourad-Bey,
prononcèrent sa destitution et nommèrent à sa place
Moh’ammed-Ar’a. Ils le revêtirent du kaftan et le promenèrent
à cheval dans la ville précédé d’un héraut
qui annonçait au peuple son élévation. Moha’mmed
prodigua l’argent pour se faire des partisans ; mais il
se méprenait sur le véritable état des choses.
Mourad-Bey fi t prévenir les gens de la ville et
les partisans de Faz de bien faire attention à ce qu’ils
faisaient, et d’en craindre les conséquences. On ne tint
nul compte de cet avis. Il fi t alors marcher contre eux
un parti de cavalerie, avec lequel ils escarmouchèrent
pendant quelques jours. Ensuite, les Oulâd-Saïd et
d’autres Arabes leur ayant envoyé du secours, ils sortirent
en corps d’armée et se portèrent contre les beys,
dont ils avaient, au préalable, pillé les maisons à Tunis,
et contre lesquels le k’âd’i, à leur instigation, avait lancé
un fetoua que quelques oulema approuvèrent. Les
beys et les révoltés furent bientôt en présence. Au bout
d’une heure au plus de combat, Moh’ammed-Ar’a prit
la faite et abandonna son armée, qui fut enveloppée et
taillée en pièces. Il ne s’échappa de ce massacre que
ceux dont la destinée n’était pas de mourir ce jour-là.
On appela cette affaire combat de Melacin. Les Arabes
pillèrent les environs de la ville.
368 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
El-H’adj-’Ali-Faz, en apprenant cette défaite, se
retrancha à la k’as’ba et en fi t fermer les portes. La
ville passa une bien triste nuit. Le lendemain le bey
envoya l’aman aux débris de l’armée des rebelles,
et leur prescrivit de reconnaître pour dey El-H’adj-
Mami, que le divan s’empressa de proclamer. On envoya
aussi l’aman à El-H’adj-’Ali-Faz, qui quitta la
k’as’ba avec les siens. Ils se réfugièrent dans la zaouïa
du cheikh Sidi-Mah’rez; mais ni l’aman ni cet asile
ne les sauvèrent. Ils furent assiégés dans la zaouïa, et
périrent presque tous. On s’empara d’El-H’adj-’Ali-
Faz, qui fut envoyé à H’amamet, où il fut mis à mort.
Les beys poursuivirent sans relâche les perturbateurs,
dont les maisons furent pillées. Pendant un mois
les exécutions ne cessèrent point. Mourad envoya à
Constantinople un rapport sur ces événements ; sa
conduite fut approuvée par la Sublime Porte.
Je n’ai donné qu’un aperçu de cette affaire, qui
eut lieu vers le milieu du mois de safar.
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