Tuesday, 7 July 2009

GOUVERNEMENT D’ABOU-ISH’AK-IBRAHIM.

GOUVERNEMENT D’ABOU-ISH’AK-IBRAHIM.
Abou-Ish’ak’-Ibrahim-ben-el-Moula-’Abd-el-
Ouah’ed-ben-Abou-H’afez-’Omar fut salué émir-elmoumenin
au commencement de rebi’-el-akher 678.
C’était un homme de courage, d’un extérieur imposant,
mais si fort adonné à l’amour des femmes, qu’il quittait
souvent le conseil pour aller les trouver. En 680, il chargea
son fi ls El-Moula-’Abd-el-Ouah’ed d’aller lever
l’impôt chez les Houara. Celui-ci, arrivé à K’aïrouân,
LIVRE SIXIÈME. 231
apprit qu’un imposteur appelé El-Fâd’el s’était emparé
de l’esprit du cheikh Merguem-ben-Sâber-er-
Rïah’i, en se faisant passer pour le fi ls d’El-Moula-
Abou-Zakaria, mort en prison. Il en écrivit à son
père, et, comme cet aventurier ne tarda pas à prendre
de la consistance, que K’afs’a et d’autres villes lui
avaient ouvert leurs portes, il reçut, en 681, l’ordre de
marcher contre lui. Cette expédition ne fut pas heureuse;
sur le territoire même de K’aïrouân, les soldats
d’Abd-el-Ouah’ed passèrent presque tous dans les
rangs de l’armée d’El-Fâd’el, campée à K’ammouda.
Le prince ainsi abandonné, fut obligé de retourner à
Tunis avec ceux des siens qui lui étaient restés fi dèles.
Abou-Ish’ak’ rassembla alors une forte armée, et
se mit en marche dans le mois de choual de la même
année, pour se mesurer lui-même avec le prétendant.
Il avait, outre l’armement ordinaire des troupes, quatre-
vingt-dix mulets chargés d’armes et de cuirasses
de réserve. Il arriva ainsi à Moh’amdïa(1) ; mais tous
ses préparatifs ne lui servirent de rien ; car ses soldats,
comme les premiers, passèrent presque tous
à l’ennemi, qui pilla son camp. Abou-Ish’ak’ put
gagner Tunis. Il y prit ses femmes et ses enfants, et
il se retira à Bougie, commandée alors par son fi ls
Abou-Fârez. Là il abdiqua en faveur de ce fi ls, qui
prit le titre d’el-met’ammed et se mit en campagne
pour aller combattre El-Fâd’el, après avoir laissé son
père à Bougie. La bataille se livra dans les plaines
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1 Lieu situé à quelques myriamètres de Tunis.
232 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
voisines de K’al’at-es-Senân. Abou-Fârez, trahi par
les siens, fut vaincu, pris et tué. Ses bagages furent
pillés. A cette nouvelle, son père Abou-Ish’ak’ voulut
quitter Bougie, où il ne se sentait pas en sûreté. Mais
les habitants l’arrêtèrent et le livrèrent à El-Fâd’el,
qui le fi t périr le 19 de rebi’-el-oouel 682. Il avait régné
trois ans, six mois et vingt-quatre jours. Son fi ls
El-Moula-Abou-Zakaria sauva sa vie en s’enfonçant
dans les provinces de l’Ouest.
Le nom véritable d’El-Fâd’el était Ah’med-ben-
Marzouk’-ben-Ahou-’Omara. Il était né à Msîla et
avait été élevé à Bougie. C’était un méchant tailleur,
d’un esprit léger, fréquentant les gens qui s’adonnent
à la magie, et prétendant avoir trouvé l’art de changer
en or tous les métaux. Courant de pays en pays pour
chercher de l’ouvrage, il était arrivé à Tripoli, et y avait
fait la connaissance d’un nègre, ancien serviteur de
cet Abou-Zakaria dont il a été parlé, qui était mort en
prison après avoir abdiqué. Cette connaissance s’était
faite parce que le nègre, trouvant que El-Fâd’el avait
quelque ressemblance avec son maître, s’était jeté à
ses pieds, les avait embrassés et lui avait ensuite raconté
toute l’histoire du malheureux Moula-AbouZakaria.
El-Fâd’el l’avait écouté avec attention, et avait
promis au nègre de venger la mort de son maître. Dès
lors, ces deux hommes se répandirent dans les tribus,
El-Fâd’el se faisant passer pour le fi ls de l’êmir
défunt, et le nègre confi rmant le fait de son témoignage.
Les Arabes, trompés, se soumirent à l’imposLIVRE
SIXIÈME. 233
leur et unirent son nom dans les prières publiques.
Dans ses jours de grandeur, El-Fâd’el se montra
cruel, dissolu, injuste et sanguinaire. Il fi t cependant
bâtir une mosquée en dehors de la porte dite Bâb-el-
Bah’ar. Ses actes tyranniques fi rent bientôt murmurer
le peuple et l’armée. Alors on vit paraître El-Moula-
AbouH’afez-ben-el-Moula-Abou-Ish’ak’, qui s’était
caché jusque-là au dehors. Il rallia à lui les mécontents
et alla mettre le siége devant Tunis. El-Fâd’el,
se sentant perdu, courut se cacher dans un four chez
un Espagnol. Trahi par une femme, qui découvrit sa
cachette, il fut contraint, sous les coups dont on l’accabla,
de confesser son imposture et de décliner ses
véritables noms. Le k’âd’i en prit acte. Cela fait, on
le fi t monter sur un âne, et, après lui avoir fait endurer
mille outrages, on lui coupa la tête vers la fi n de
rebi’-el-akher de l’année 683. Il avait commandé un
an, cinq mois et vingt-sept jours.

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