Tuesday, 7 July 2009

DEUXIÈME PARTIE.

DEUXIÈME PARTIE.
Je vais passer maintenant à la deuxième partie du
livre VI, et donner la série des princes de la dynastie
des Beni-H’afez qui ont gouverné l’Afrique, en entrant
dans les détails de leurs actes les plus importants. Je
prendrai habituellement pour guide Ben-ech-Chemma
; j’en fais l’aveu pour que le lecteur n’aille pas croire
que je veux me parer de ses dépouilles. Au reste, je
l’abrégerai quelquefois, sans rien diminuer cependant
de l’intérêt du récit, auquel il m’arrivera aussi quelquefois
d’ajouter ce que j’aurai trouvé dans d’autres
auteurs, que je me ferai toujours un devoir de nommer.
LIVRE SIXIÈME. 217
Le premier prince de la dynastie des Beni-H’afez
fut El-Moula-Abou-Moh’ammed-’Abd-el-Ouah’edben-
Abou-Bekr-ben-ech-Cheikh-Abou-H’afez-
’Omar-ben-Iah’ia-ben-Moh’ammed-ben-Ouanouaben-’
Alïa-ben-Ah’med-ben-Ouallah-ben-Edrisben-
Khâled-ben-’Aïça-ben-Elias-ben-’Omar-ben-
Ouaften-ben-Moh’ammed-ben-H’adjïa-ben-K’âabben-
Moh’ammed-ben-Sâlem-ben-’Abd-Allah-ben-
’Omar-el-Khettâb. C’est ainsi que Ben-ech-Chemma
le nomme. C’est là sans doute une longue et noble
généalogie qui ne contribua pas peu à son élévation.
Néanmoins j’ai quelques raisons de croire que sa famille
s’était alliée aux Berbères, bien que, en général,
les Arabes, surtout ceux de K’oreïch, aient de la
répugnance pour ces sortes d’alliances. Au surplus,
il faut bien prendre la généalogie de chaque famille
telle qu’elle la donne ; mais enfi n il est certain que
le cheikh Abou-H’afez était originaire de la tribu de
Hentata des Kabiles de Mouçamida qui, la première,
se déclara pour El-Mohdi-ben-Toumart, et qu’il fut
un des dix premiers qui le reconnurent.
En-Nâc’er-ben-el-Mans’our, à son avènement à
l’autorité souveraine en Afrique, alarmé des progrès
de ben-Khania(1), qui commandait en vainqueur dans
une partie du pays, tourna ses armes contre lui. Il lui
reprit la ville de Mohdïa et le chassa de la contrée. Il
alla ensuite à Tunis; mais il n y resta qu’un mois et retourna
vers l’Ouest. Avant de partir, voulant donner un
gouverneur à cette partie de ses vastes états, il fi t choix
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1 El-Miorki, dont il a été parlé dans la première partie de ce livre.
218 HISTOIRE DE L’AFRIQUE.
d’Abd-el-Ouah’ed. Celui-ci refusa longtemps cet
honneur, et ne l’accepta qu’à des conditions trèsavantageuses.
Cela fait, En-Nâc’er déploya ses étendards
et reprit la route de l’Ouest. ‘Abd-el-Ouah’ed
l’accompagna jusqu’à Bêdja, et retourna ensuite à
son poste. Ce fut un samedi 10 de choual 603 qu’il
l’installa à la k’as’ba en qualité d’émir(1).
’Abd-el-Ouah’ed était un homme de bien, de savoir
et de courage, qui se plaisait aux bonnes actions.
Ce fut lui qui fi t construire la demeure des étrangers.
Le samedi de chaque semaine il recevait en audience
publique tous ceux qui avaient des réclamations à lui
adresser. Un écrivain célèbre lui avait fait un panégyrique,
dont je ne citerai que le passage suivant :
Qui aurait la voix assez puissante pour chanter dignement
tes louanges ? Tes jours sont consacrés à rendre la justice
; tes nuits sont partagées entre la prière et les actes de
dévotion.
Un jour l’imam Abou-Moh’ammed-ben-’Abdes-
Sâlem-el-Berdjini, disciple chéri de l’imam El-Maziri,
entra chez lui. « Comment vas-tu ? lui dit ’Abdel-
Ouah’ed. — Je vais, lui répondit le saint homme,
sur la voie de la dévotion. — Ta dévotion et ta patience
te vaudront les récompenses de Dieu, et tu lui en rendras
des actions de grâces, » reprit ’Abd-el-Ouah’ed.
Ben-Bekhis, son secrétaire, n’ayant pas compris
ce que l’imam avait dit, le demanda à son maître.
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1 Son père avait été gouverneur de Tunis.
LIVRE SIXIÈME. 219
« Il veut, répondit celui-ci, ce que le prophète a désiré
: que la délivrance soit le fruit de la patience. »
Après un règne de quatorze ans et quatre mois, il
mourut, et fut enterré dans la k’as’ba le Ier de moh’arrem
618. On voit près de son tombeau, souvent visité
par les fi dèles, une grotte où, de son vivant, il faisait
ses prières. Il laissa le gouvernement entre les mains
d’El-Moula-Abou-Zid ; mais celui-ci partit peu de
temps après pour l’Ouest, accompagné de ses frères.
El-’Adel-ben-el-Mans’our envoya alors à Tunis, dans
le courant de la même année 618, Abou-Moh’ammed-’
Abd-Allah-ben-el-Moula-’Abd-el-Ouah’ed(1),
qui y arriva avec son frère Abou-Zakaria.
Abou-Moh’ammed-’Abd-Allah donna à son
frère le gouvernement de la ville de K’âbes; mais
bientôt la désunion se mit entre eux, et ils prirent les
armes l’un contre l’autre. Zakaria s’empara de Tunis,
exila son frère en Espagne dans la ville d’Achbilia, et
resta maître du pouvoir.

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